Sous abri, la pourriture grise (Botrytis cinerea) est surtout connue sur les fruits, mais sur poivron, aubergine et tomate palissés c’est le chancre sur tige qui coûte le plus cher, il part d’une plaie de taille ou d’effeuillage, ceinture la tige et nécrose le pied. Au-dessus de la lésion la plante prend des allures de carence, sans que le sol ni la fertilisation soient en cause. En juillet 2026 la lettre Maraîchage BIO Auvergne #109 signalait des chancres qui ont « totalement nécrosé les pieds » de poivrons et d’aubergines, et le BSV Languedoc-Roussillon n°15 du 29 juillet la même chose sur tomate.
Quand le chancre ceinture la tige il n’y a plus rien à faire, la plante est à arracher et à sortir de l’abri parce qu’elle sporule. Sur un chancre jeune et sur les plaies fraîches, par contre, il reste de la marge.
Sommaire
- Reconnaître le chancre de tige
- La fausse carence
- Les conditions favorables
- Tailler, aérer et tenir la plante
- Le badigeon des jeunes chancres
- Le biocontrôle préventif
- Sources
Reconnaître le chancre de tige
La lésion débute humide et brune sur une plaie de taille ou d’ébourgeonnage, elle s’étend parfois sur plusieurs centimètres, vire au beige puis au marron en se desséchant, et ceinture la tige. Ce qui signe le diagnostic est la moisissure grisâtre à beige sur les tissus altérés.



Pour confirmer, il faut couper la tige dans la longueur et regarder si les vaisseaux et la moelle sont altérés. On peut aussi chercher les sclérotes noirs plats de 2 à 5 mm, que le champignon ne forme pas toujours. Sur aubergine et poivron c’est identique, avec le flétrissement des rameaux au-dessus des lésions.

Sur les jeunes plants les cotylédons déhiscents servent de tête de pont et les lésions ceinturent la tige dès la pépinière, donc devant un plant qui ne démarre pas il faut regarder le bas de tige.

La fausse carence
Le chancre altère les vaisseaux et la sève ne passe plus, donc au-dessus de la lésion la plante se comporte comme si elle était sous-alimentée, avec un jaunissement entre les nervures, une décoloration, une croissance ralentie, puis le flétrissement. Un chancre à Didymella lycopersici fait pareil.

Trois critères permettent de trancher avec une carence.
- La distribution. Une carence vraie ou un blocage d’assimilation est diffus, sur un rang ou un tunnel entier, comme les carences en magnésium sur tomate liées aux fortes chaleurs (BT Légumes bio, juillet 2026), alors qu’un chancre ne touche que quelques plantes.
- La limite nette. Les symptômes s’arrêtent à la lésion et en dessous la plante est normale, une carence ignore cette frontière.
- La vérification. Remonter la tige à la main en cherchant une lésion sèche et brune sur les anciennes plaies de taille, ça prend quelques secondes et évite un apport inutile.
Pour les symptômes non parasitaires de chaleur, voir Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur.
Comment ne pas le confondre
Les conditions favorables
- Les spores germent à partir de 90 % d’hygrométrie, très bien entre 90 et 95 % ou avec de l’eau libre, et l’optimum est au-dessus de 95 %, d’où la règle de ne pas laisser la culture plus de quelques heures à 95 %.
- L’optimum de température est de 17 à 23 °C et les spores cessent de germer à 30 °C, donc on en voit en pleine canicule, les champignons se développant dès que l’hygrométrie est forte, tôt le matin. La fenêtre d’infection est la fin de nuit.
- La germination demande 5 heures à 20 °C, l’infection est acquise en une quinzaine d’heures, la sporulation est possible 3 jours après la contamination et le cycle complet fait 4 jours, donc un chancre non traité devient une source d’inoculum en une semaine.
- La condensation arrive aussi en journée, quand le rayonnement augmente brutalement l’air se réchauffe plus vite que le fruit et l’eau se dépose sur la tige et le fruit, qui ne transpirent pas.
- La dissémination se fait par le vent et par les opérateurs, donc il faut ordonner les passages du plus sain au plus atteint. Le mycélium et les sclérotes se conservent plusieurs années dans le sol et sur les débris, et les rotations sont décevantes.
Tailler, aérer et tenir la plante
Les plaies d’effeuillage restent la principale porte d’entrée, donc la taille passe avant le reste, méthode dans La taille des cultures : tomates, aubergines, concombres et courgettes.
- Couper au ras de la tige, un chicot est colonisé en quelques jours, et retirer les gourmands jeunes.
- 3 feuilles maximum par plante et par effeuillage (BT Légumes bio, juillet 2026), un effeuillage brutal multipliant les plaies et perturbant les mirides, voir PBI en maraîchage bio.
- Tailler par temps sec et ventilé, plante en transpiration active, pas trop tard, la plaie doit sécher avant la nuit.
- Couteau à lame de rasoir, lames changées très régulièrement, un couteau mal aiguisé blesse les tissus.
- Ne pas irriguer dans les heures qui suivent, la pression racinaire retarde la cicatrisation.
- Sortir les feuilles de l’abri, au sol elles servent d’inoculum, et préférer l’enroulage aux clips.
Le climat vient ensuite, détaillé dans Guide : gérer l’hygrométrie sous abris. Sur le chancre :
- Aérer au maximum pour éviter l’eau libre, ça donne aussi des plantes plus ligneuses.
- Déshumidifier par chauffage et aération le matin, en démarrant 1 à 3 heures avant le lever du soleil, et ouvrir tôt en tunnel froid.
- Ventiler au niveau des tiges avec les brasseurs, pas seulement en haut de couvert.
- Pas d’aspersion en fin de journée, plutôt du goutte-à-goutte quand les plantes évaporent.
- Blanchiment et ombrage baissent la température sans gêner la ventilation, voir Ombrage des abris.
Une culture trop végétative est plus sensible et ferme la circulation d’air dans le rang, les tissus tendres et gorgés d’eau étant ce que le champignon recherche.
- Maîtriser l’azote, ni trop car les tissus succulents sont réceptifs, ni trop peu car les feuilles chlorotiques nourrissent le champignon. Les repères Ctifl sur tomate sont d’environ 80 unités du début de récolte à l’étêtage puis 40 unités, voir Outil de calcul : plan de fertilisation en maraîchage.
- Lire la vigueur sur la tête, une pousse pas trop fine, 10 à 12 mm d’épaisseur à 20 cm sous la pointe, et éviter les densités excessives, les plantations précoces, les à-coups de croissance et les arrosages fréquents à faible dose.
Il reste l’hygiène de culture.
- Vide sanitaire et désinfection des structures entre deux cultures, puis sortie rapide des débris, des fruits pourris et des plantes chancreuses sur lesquelles le champignon sporule.
- Un passage de surveillance au moins une fois par semaine, jugé obligatoire par DEPHY Serre.
- Maîtriser les autres bioagresseurs, chaque piqûre et chaque fruit éclaté étant une porte d’entrée, et le BSV n°15 signale des noctuelles sur tomate en AB.
Le badigeon des jeunes chancres
Une fois le chancre installé il n’existe pas de solution curative franche, même les fongicides chimiques homologués « montrent très peu d’efficacité curative » (DEPHY Serre). Le badigeon ne guérit donc pas, il favorise la cicatrisation et retarde la progression, pour gagner les semaines de récolte qui restent. Le principe est de curer les jeunes chancres, puis de protéger la plaie avec une bouillie fongicide épaisse, un emplâtre d’argile (bentonite) ou une pâte de silice, qui assèchent et font barrière. La lettre Auvergne #109 donne une recette :
- « 5 doses d’argiles + 1 dose de bouillie bordelaise »
- « Appliquer au pinceau après avoir gratté superficiellement le mycélium formé »
Trois précautions complètent la recette.
- Intervenir tôt et par temps sec et ventilé, un chancre qui ceinture déjà la tige ne se rattrape pas, et le badigeon doit sécher sans monter l’hygrométrie.
- Désinfecter l’outil de curetage entre les plantes, le grattage déplace du mycélium, et le Clavibacter aussi.
- Marquer les plantes traitées et les recontrôler au passage suivant.
Le point réglementaire sur le badigeon et le cuivre
La cible n’est donc pas visée, le cuivre n’étant pas homologué contre la pourriture grise, et le GRAB dit seulement qu’un traitement préventif au cuivre « peut limiter l’apparition du Botrytis », ce qui est un effet observé et pas un usage. Ni le poivron ni l’aubergine ne portent d’usage bouillie bordelaise dans cette liste, alors que ce sont les deux cultures touchées en juillet 2026, et l’AMM porte sur une pulvérisation, pas sur un badigeon au pinceau mélangé à de l’argile. Le badigeon cumule donc jusqu’à trois écarts selon la culture, il n’est pas un usage homologué, et il faut vérifier sur e-phy et faire valider par son certificateur.
Le règlement d’exécution (UE) 2021/1165 plafonne le cuivre en production biologique à 28 kg de cuivre métal par hectare sur 7 ans, que le ministère de l’Agriculture traduit en 4 kg/ha/an en moyenne avec un lissage sur sept ans. Un badigeon mobilise des quantités négligeables à l’hectare, mais ce cuivre reste à comptabiliser.
Le biocontrôle préventif
Plusieurs spécialités portent un usage « pourriture grise et sclérotinioses » sur solanacées, mais les références terrain sont « très limitées » en tomate (GRAB), et ce sont des antagonistes qui occupent l’espace, donc ils demandent une protection préventive et répétée, juste après l’effeuillage ou la taille, sur plaies fraîches, jamais en rattrapage. Les données viennent de la liste APREL / CA de Vaucluse / GRAB 2019.2, et les AMM évoluent, donc chaque usage et chaque dose sont à revérifier sur e-phy.
| Spécialité | Cultures | Dose | Applications max. | DAR |
|---|---|---|---|---|
| AMYLO-X WG (aussi oïdium) | poivron, tomate, fraisier | 2,5 kg/ha | 6 | 1 jour |
| RHAPSODY | poivron, tomate, concombre sous abri, fraisier, laitue | 8 L/ha | 6 | 1 jour |
| PRESTOP (aussi Didymella) | concombre, poivron, tomate | étiquette, 0,5 % maximum | 6 | 3 jours |
| JULIETTA | poivron, tomate sous abri, fraisier | 2,5 kg/ha | 8 | 1 jour |
| VINTEC | tomate sous abri | 0,15 kg/ha | 8 | 1 jour |
| ROMEO (cerevisane, pourriture grise seule) | tomate | 0,5 kg/ha | 8 | 1 jour |
| BOTECTOR | tomate en plein champ seulement en 2019.2, extension poivron à vérifier | — | — | — |
Aucune ne porte d’usage sur aubergine, donc tout y repose sur la prophylaxie, la taille et le climat. AMYLO-X WG ne s’applique pas en même temps que CONTANS WG, et PRESTOP supporte mal les mélanges.
Sources
- Ephytia — INRAe, Tomate : Botrytis cinerea (moisissure grise) — symptômes sur tige, bases nutritives, moisissure grisâtre, altération des vaisseaux et de la moelle.
- Ephytia — INRAe, Aubergine : Botrytis cinerea — biologie, épidémiologie (HR, 17-23 °C, infection en ~15 h, sporulation à 3 jours, cycle de 4 jours), conservation, protection.
- Ephytia — INRAe, Tomate : altérations et chancres sur tige débutant à partir des plaies de taille — diagnostic guidé et différentiels.
- Ephytia — INRAe, Tomate : sclérotiniose (Sclerotinia sclerotiorum) — mycélium cotonneux blanc, sclérotes, apothécies.
- Ephytia — INRAe, Tomate : Didymella lycopersici (chancre à Didymella) — chancres brun sombre, pycnides, perturbation des courants de sève.
- Ephytia — INRAe, Tomate : Botryosporium spp. (moisissures saprophytes) — moisissure blanche sur chicots, sans préjudice.
- Ephytia — INRAe, Tomate : Phytophthora spp. — lésion noirâtre humide à contours diffus ceinturant le collet.
- Réseau DEPHY EXPE, projet DEPHY Serre — Prévention des risques de Botrytis sp. sur tomate de serre (Ecophytopic) — plaies d’effeuillage comme portes d’entrée, curetage et emplâtre d’argile, déshumidification matinale 1 à 3 h avant le lever du soleil, risque de condensation sur tige et fruit, lames de rasoir, biocontrôle préventif et répété.
- GRAB / RefBio PACA — Protection de la tomate en agriculture biologique, avril 2020 (C. Mazollier) — effeuillage au ras de la tige en climat sec, produits homologués contre Botrytis et limites des références terrain, formes de cuivre autorisées en AB et doses par application, conduite face à Clavibacter.
- APREL, Chambre d’agriculture de Vaucluse et GRAB — Liste des produits phytosanitaires autorisés en AB sur cultures maraîchères et fraise, version 2019.2 — usages, cultures, doses, nombre d’applications et DAR des spécialités de biocontrôle et des spécialités cupriques.
- BSV Maraîchage Occitanie, édition Languedoc-Roussillon n°15 du 29 juillet 2026 — botrytis sur tiges, fruits et fleurs sur tomate, risque stable, recommandation d’aération des abris.
- Chambres d’agriculture d’Occitanie — Bulletin technique Légumes bio, juillet 2026 — coupe au plus près de la tige pour éviter les entrées de botrytis, effeuillage en conditions sèches et pas trop tard dans la journée, 3 feuilles maximum par plante et par opération, repères azote (80 puis 40 unités, source Ctifl) et épaisseur de tête de 10 à 12 mm.
- FRAB Auvergne-Rhône-Alpes — Lettre technique Maraîchage BIO Auvergne n°109, juillet 2026 (C. Ranoux) — chancres sur tige nécrosant les pieds de poivrons et d’aubergines, symptômes de « carences » induits, recette de badigeon (5 doses d’argile + 1 dose de bouillie bordelaise), développement fongique sous forte hygrométrie matinale malgré les fortes températures.
- Réseau d’avertissements phytosanitaires — Fiche technique de synthèse : moisissure grise (Botrytis cinerea) sur tomate de serre, mise à jour 2019 — germination en 5 h à 20 °C, arrêt de germination à 30 °C, HR optimale supérieure à 95 %, règle des « quelques heures » maximum à 95 %, pâte d’argile et pâte de silice sur plaies de tige.
- Ministère de l’Agriculture — Questions / réponses : l’utilisation du cuivre en agriculture — plafond de 28 kg de cuivre métal par hectare sur 7 ans, soit 4 kg/ha/an en moyenne, et mécanisme de lissage.
- Règlement d’exécution (UE) 2021/1165 de la Commission du 15 juillet 2021 — liste des produits et substances autorisés en production biologique, conditions d’usage des composés cupriques.
- e-phy, ANSES — catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages autorisés en France — référence à jour pour vérifier chaque usage, culture et dose avant emploi.
Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.
