Fiche technique

Problèmes de pollinisation de la tomate

Maraîchage
Problèmes de pollinisation de la tomate

Chaque début de saison, des fruits déformés apparaissent sur les premiers bouquets de tomates, côtelés, avec des cicatrices liégeuses, des cavités et des locules ouvertes. Ce défaut s’appelle le catface, ou fruit à facettes, et il vient du froid subi plusieurs semaines plus tôt, au moment où les fleurs se mettent en place. Une fois que le fruit est formé il n’y a plus rien à rattraper, et il ne reste qu’à trier à la récolte, car ces fruits déformés ne partent pas en frais et il faut les orienter vers la transformation ou la vente en direct. Mais ça reste un accident des premiers bouquets la plupart du temps, et tout ce qu’on peut faire se passe au moment de la plantation et pendant les deux à trois semaines qui suivent.

Sommaire

Comment la tomate noue

La tomate se féconde toute seule, mais pas dans n’importe quelles conditions, et il faut trois choses réunies en même temps.

La vibration

Le pollen doit être libéré des anthères puis déposé sur le stigmate, et ce sont les vibrations qui font tomber les grains, donc le vent, le brossage, et surtout les bourdons (Bombus terrestris) qui vibrent les fleurs pour récolter le pollen. Or sous abri il n’y a ni vent ni pollinisateurs la plupart du temps, et on remarque alors que les fleurs avortent souvent faute d’avoir été pollinisées, car sans vibration l’autofécondation ne se déclenche pas.

La température

La nouaison se fait bien entre 21 à 29 °C le jour et 18 à 21 °C la nuit, et en dehors de cette plage la fécondation se dégrade. Plus précisément, le pollen perd sa fertilité en dessous d’environ 12 °C ou au-dessus d’environ 32 °C. Il faut aussi des écarts suffisants entre le jour et la nuit, en particulier sur les plantes vigoureuses.

L’hygrométrie

L’humidité relative commande directement la libération et le dépôt du pollen, et la plage favorable se situe entre 50 et 80 %. Quand l’air est trop sec le pollen germe mal, et quand il est trop humide il colle dans l’anthère, donc il ne se libère pas et il adhère mal au stigmate. Une hygrométrie maîtrisée et jamais excessive laisse la plante transpirer et libère mieux le pollen. Pour la conduite fine de l’ambiance sous abri, voir notre article Guide : gérer l’hygrométrie sous abris.

Le détail du mécanisme
La fleur de tomate est autogame, c’est-à-dire qu’elle s’autoféconde, le pollen et le stigmate appartenant à la même fleur. Les étamines forment un cône, le tube staminal, qui enferme le pistil, et le pollen y reste tant que rien ne vient l’en décrocher. C’est la vibration qui fait tomber les grains sur le stigmate placé juste en dessous, et c’est aussi pour ça que l’humidité de l’air pèse autant, puisqu’elle décide si le grain sort de l’anthère.
Accidents par excès de froid — coulure, fasciation et catface
Fleur de tomate fasciée, plusieurs ébauches florales fusionnées en une mégafleur difforme
Fleur de tomate fasciée (mégafleur) provoquée par le froid. Photo : APABA

Sous abri non chauffé, les premiers bouquets fleurissent quand les nuits sont encore fraîches, et il en découle deux accidents différents.

La coulure à froid

Des nuits en dessous d’environ 13 °C pendant au moins quatre nuits consécutives perturbent la fécondation, donc les fleurs avortent et chutent sans nouer. Le phénomène est strictement lié à la période de floraison des premiers bouquets.

La fasciation et les mégafleurs

L’initiation florale a lieu environ deux à trois semaines avant que la fleur ne s’ouvre, autrement dit ce qui abîme la fleur se passe bien avant qu’on la voie. Si pendant cette phase la plante, encore jeune, prend un froid marqué avec des nuits inférieures à environ 10 °C, ou de fortes amplitudes entre le jour et la nuit, l’organisation du méristème floral est perturbée et plusieurs ébauches de fleurs fusionnent en une seule fleur géante et difforme, la fleur fasciée, ou mégafleur (voir photo ci-contre). Ces mégafleurs se voient surtout sur les premières fleurs des bouquets de base.

Du catface au fruit
Fruit de tomate déformé et côtelé portant des cicatrices liégeuses, catface
Fruit de tomate déformé (catface) consécutif à une mauvaise pollinisation. Photo : APABA

Une mégafleur ne peut donner qu’un fruit anormal, déformé, côtelé, angulaire et plus ou moins plat au niveau de la zone équatoriale, avec autant de facettes que le fruit compte de cavités loculaires. À ce défaut de forme s’ajoutent souvent des cicatrices liégeuses et des fentes, surtout du côté pistillaire, c’est-à-dire à la zone d’attache du style. Le froid pendant l’initiation florale donne donc une fleur fasciée, et la fleur fasciée donne un fruit catface, déformé et impossible à vendre en frais. Le défaut est déjà écrit dans la fleur bien avant que le fruit ne grossisse.

Le détail des accidents de froid
Quand la nouaison et le développement des graines sont perturbés en même temps, l’intérieur du fruit est en plus partiellement évidé, avec des cavités loculaires peu remplies, peu de gel et peu de graines, ce qui donne des fruits creux et légers qu’on appelle la puffiness. Ce sont les derniers fruits des bouquets qui sont les plus touchés. Le nombre de facettes qu’on compte sur un fruit correspond au nombre de carpelles qui avaient fusionné dans la fleur, deux à trois semaines avant qu’elle ne s’ouvre.
Accidents par excès de chaleur

À l’autre bout de la saison, l’excès de chaleur provoque lui aussi de la coulure. Au-delà d’environ 32 à 35 °C le jour le pollen n’est plus viable, et des nuits supérieures à 20-21 °C empêchent la plante de récupérer, donc les fleurs avortent. Ce sujet, et les autres accidents physiologiques de la chaleur comme la nécrose apicale, le coup de soleil sur fruit et le blotchy ripening, sont traités en détail dans notre article Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur, à la section coulure.

Sensibilité variétale

Tous les types de tomate ne réagissent pas de la même façon devant la fasciation et le catface. Les variétés vigoureuses à gros fruits charnus, donc les types cœur de bœuf, beefsteak, aussi appelé bifteck, les côtelées et les anciennes, sont nettement plus sujettes au défaut, surtout en culture précoce et en début de production. La raison est anatomique, car ces fruits comptent un grand nombre de loges, on parle de fruits multiloculaires, ce qui suppose une fleur à nombreux carpelles, donc plus exposée aux désordres d’organisation du méristème, et chez certaines lignées de type bifteck la fleur est même fasciée de façon quasi constitutive. À l’inverse, les variétés à petits fruits, cerise et cocktail, ont des fleurs simples avec peu de loges et elles sont quasiment épargnées par le catface. Donc pour les plantations précoces, le choix de la variété est ce sur quoi on peut agir en premier.

Quoi faire en bio

La floraison des premiers bouquets est la période la plus sensible, et c’est là qu’il faut donner le maximum de confort à la plante.

Caler la date de plantation
  • Ne pas installer trop tôt, et attendre le réchauffement des nuits plutôt que de gagner quelques jours au prix de mégafleurs.
  • Surveiller en particulier les nuits inférieures à 10 °C dans les deux à trois semaines suivant la plantation, période d’initiation des premières fleurs.
Protéger du froid en début de saison
  • Voile P17 posé sur la culture les nuits fraîches, double abri (tunnel + voile), fermeture nocturne des abris.
  • Limiter les fortes amplitudes entre le jour et la nuit, donc éviter des consignes nocturnes trop basses et aérer progressivement le matin.
Favoriser la vibration et les pollinisateurs
  • Vérifier que les bourdons sont présents et suffisamment actifs sous abri.
  • S’il n’y en a pas assez, on peut acheter des ruches de bourdons (Bombus terrestris) et les installer sous l’abri, ce qui est la solution la plus fiable en culture précoce quand il n’y a ni vent ni pollinisateurs naturels.
  • Aérer pour créer du mouvement d’air, et en l’absence de pollinisateurs vibrer les bouquets à la main en milieu de journée si besoin.
Maîtriser l’hygrométrie et la température
  • Aérer pour rester dans la plage 50-80 % d’humidité relative et éviter l’air saturé du matin qui colle le pollen.
  • Viser la plage de nouaison 21-29 °C le jour et 18-21 °C la nuit dans la mesure du possible.
Conduite de la plante
  • Choisir une variété adaptée aux plantations précoces, et éviter les gros types côtelés en première salve.
  • Retirer les fleurs fasciées et les mégafleurs dès qu’on les repère, parce qu’elles ne donneront que des fruits déformés qu’on ne pourra pas vendre et qu’elles mobilisent la plante inutilement.
  • Réguler les premiers bouquets à 4 ou 5 fruits et ne pas pousser une vigueur excessive, donc avec un azote maîtrisé. Une taille trop sévère peut aussi favoriser le désordre, et sur la conduite il faut voir La taille des cultures : tomates, aubergines, concombres et courgettes.
Bien distinguer le catface des autres déformations

Le catface est d’origine florale, puisque la pollinisation a été perturbée par le froid au moment de l’initiation. Mais attention, il ne faut pas le confondre avec les fentes de croissance, qui viennent des à-coups d’irrigation sur un fruit en train de grossir, ni avec les microfissures dues à un stress climatique tardif, ni avec les piqûres de thrips sur fleur. La cicatrice liégeuse et la déformation déjà présentes dès la nouaison signent le catface lié au froid.

Tableau de synthèse
Accident Cause climatique Symptôme Quoi faire en bio
Coulure à froid Nuits < 13 °C sur ≥ 4 nuits pendant la floraison Fleurs qui avortent et chutent, pas de nouaison Protéger du froid (voile, double abri), retarder la plantation
Fasciation / mégafleur → catface Froid < 10 °C (ou forte amplitude) pendant l’initiation florale, ~2-3 sem. avant ouverture Fleur géante difforme puis fruit côtelé, cicatrices liégeuses, cavités, fruit creux Caler la date de plantation, variétés peu sensibles, retirer les mégafleurs
Coulure à chaleur Jour > 32-35 °C, nuits > 20-21 °C Pollen non viable, avortement des fleurs Aération, ombrage, blanchiment (voir article dédié)
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.