Fiche technique

Faire face aux canicules en maraîchage

Maraîchage

Juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, avec une vague de chaleur qui a duré du 4 au 19 juillet et qui a placé jusqu’à 37 départements en vigilance rouge canicule le 12 juillet. Un premier épisode très intense avait déjà traversé le pays du 17 au 30 juin, et l’Occitanie a compté jusqu’à vingt journées à plus de 35 degrés sur l’ensemble de la saison. Les bilans climatiques de Météo-France annoncent une multiplication de ces épisodes avec le dérèglement climatique, donc la question ne se limite plus à un été exceptionnel, car elle revient désormais chaque saison sur l’exploitation. Protéger les cultures est le premier réflexe, car une vague de chaleur mal anticipée abîme des récoltes entières en quelques jours. Mais protéger les personnes qui travaillent dessus compte tout autant, car une équipe épuisée par la chaleur travaille moins bien et prend plus de risques.

Les désordres précis que produit la chaleur sur les fruits (coup de soleil, cul noir, coulure) sont détaillés dans Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur, avec leurs seuils de température et leurs leviers propres à chaque cas. Les leviers qui suivent agissent en amont, avant l’apparition de ces symptômes, et sur toute la ferme.

Sommaire

Le filet d’ombrage sur arceaux se généralise à toutes les plantations d’été

Blanchir la couverture d’une serre reste utile et peu coûteux, mais le produit se lessive après une pluie un peu forte et demande de repasser en cours de saison. Un filet d’ombrage se pose une fois, tient toute la saison, et se retire ou se remonte selon la météo annoncée, ce qui en fait le choix à privilégier quand c’est possible. Le détail des types de filets, des densités par culture et des dosages de blanchiment est traité dans un article dédié, Ombrage des abris.

Le filet d’ombrage doit se généraliser aussi en plein champ, la pose sur arceaux au moment de la plantation permet une meilleure reprise et limite le risque de perte. Le geste est le même que pour un voile d’hivernage ou l’ajout d’un filet anti-insectes, ce qui n’ajoute pas un gros surcoût de main-d’œuvre si le matériel est déjà sur la ferme. Compter autour de 1 à 1,25 €/m² pour un filet de qualité maraîchère, pour une durée de vie de 5 à 7 ans qui amortit largement l’achat sur plusieurs saisons de canicule.

Un film minéral blanc pulvérisé directement sur la plante apporte une protection complémentaire en plein champ, pour les fruits directement exposés au soleil comme les tomates, les poivrons ou les melons. Il réfléchit une partie du rayonnement et limite les coups de soleil, avec ses propres doses et conditions d’application détaillées dans Blanchir les cultures en plein champ.

Aspersion, bassinage et automatisation de l’irrigation

Un bassinage bien placé rafraîchit la plante et l’air ambiant par évaporation, mais il ne remplace pas un vrai apport d’eau au pied. Le bon moment reste tôt le matin ou en tout début de vague de chaleur, jamais en fin de journée, car le feuillage n’a alors pas le temps de sécher avant la nuit et ouvre la porte aux maladies du feuillage. Le pilotage fin de l’aspersion selon la culture et le risque sanitaire est détaillé dans Guide : gérer l’hygrométrie sous abris. L’aspersion aux heures les plus chaudes reste le geste le plus direct pour faire retomber une température de sol ou de feuillage qui s’emballe en plein champ, à condition de ne pas la transformer en irrigation de fond improvisée.

Multiplier les bassinages en pleine canicule ajoute une tâche de plus dans une journée déjà pleine de récolte, de vente et d’imprévus, et c’est là que l’automatisation change vraiment la donne. Un programmateur couplé à des électrovannes permet de caler des bassinages courts et réguliers aux heures les plus utiles, sans avoir à interrompre un chantier pour aller ouvrir une vanne à la main. Compter autour de 100 à 150 € pour un programmateur qui gère 4 à 6 départs, et environ 30 € par électrovanne supplémentaire, car l’investissement reste modeste au regard du temps et surtout de la charge mentale qu’il retire. Ce qui pèse le plus sur une ferme diversifiée en pleine saison n’est pas le temps passé à ouvrir une vanne, c’est le fait d’avoir à y penser en permanence, au marché, en tournée de récolte ou le soir en se couchant. Beaucoup de modèles récents proposent une application smartphone pour vérifier ou ajuster un programme à distance sans revenir sur la ferme, ce qui permet de tenir des bassinages réguliers sur toute une vague de chaleur sans finir la semaine épuisée d’y avoir pensé du matin au soir.

Ce que change un programmateur au quotidien

Un programmateur simple à piles suffit pour une ou deux électrovannes et un usage estival ponctuel, tandis qu’un modèle sur secteur avec plusieurs stations convient mieux à une ferme qui multiplie les zones d’irrigation et les cultures. Les modèles connectés ajoutent le pilotage à distance et l’historique des cycles passés, ce qui aide à ajuster les fréquences d’une vague de chaleur à l’autre sans repartir de zéro chaque année. Côté entretien, un filtre en tête de réseau évite le colmatage des électrovannes par le sable ou le calcaire, et un contrôle visuel rapide en début de saison suffit à repérer une fuite ou une vanne qui ne se referme plus.

Décaler les plantations et diversifier les variétés répartissent le risque dans le temps

Le décalage des plantations se joue à deux moments. Le premier arrive quand les plants sont prêts et qu’une forte chaleur est annoncée. Décaler la plantation de quelques jours est alors un levier essentiel quand c’est possible. Un jeune plant mis en terre en pleine chaleur reprend mal, car ses racines sont encore superficielles et n’atteignent pas l’eau en profondeur. Attendre que la vague passe évite d’avoir à remplacer les manquants.

Le second se décide plusieurs mois avant, au plan de culture. Il faut programmer les plantations sensibles en dehors des périodes les plus chaudes, par exemple planter les choux d’automne un peu plus tard plutôt qu’en plein pic de juillet. La récolte se décale alors vers la fin de l’été, ce qui répartit aussi le travail sur la saison plutôt que de tout concentrer sur juillet. Ce choix ne convient pas à toutes les cultures ni à tous les débouchés, marché, restauration collective et contrats fournisseurs ayant chacun leurs propres fenêtres de livraison, donc il se raisonne culture par culture et créneau de vente par créneau de vente.

Semer plusieurs variétés du même légume répartit le risque sur plusieurs profils de résistance, plutôt que de tout miser sur une seule référence qui peut décevoir une année donnée. Une variété qui tient bien la chaleur une saison n’est pas forcément la meilleure la saison suivante, car les épisodes de canicule ne se ressemblent pas d’une année à l’autre en durée, en humidité et en cumul de stress hydrique. Sur plusieurs années, une variété qui déçoit une saison est compensée par une autre qui a bien tenu, donc la production moyenne de la ferme reste plus stable que si tout reposait sur un seul choix variétal.

Ce que travaillent les réseaux techniques sur la diversité variétale

Le GRAB d’Avignon pilote depuis 2023 le projet DIVERACT, qui réunit neuf partenaires dont l’ITAB autour de la conservation et de la diversification variétale en maraîchage et en arboriculture, avec une approche participative associant producteurs et structures de sélection. L’objectif est de mieux connaître la diversité cultivée disponible, semences paysannes comprises, et d’en assurer le maintien par la multiplication, pour que les fermes disposent d’un choix plus large de profils de résistance face aux aléas climatiques. Pour une ferme, l’enjeu pratique qui en découle est l’accès à des semences bio réellement adaptées aux étés qui se réchauffent, un point que les filières semencières bio travaillent encore.

Protéger les personnes : horaires, pauses et obligations depuis 2025

Décaler les horaires de travail reste le levier le plus direct. Programmer les tâches physiques, récolte, désherbage, pose de filets, sur les heures fraîches du matin et repousser en fin de journée ce qui peut attendre. Pendant la mi-journée, privilégier les tâches à l’ombre ou sous abri ventilé plutôt qu’au soleil ou dans les serres.

Prendre le temps de faire des pauses, de boire régulièrement et de se mouiller le visage ou la nuque paraît évident, mais ça se perd vite en pleine saison quand la récolte presse et que l’équipe s’agrandit avec des saisonniers moins habitués à la chaleur. Boire avant d’avoir soif, par petites quantités répétées, protège mieux qu’un grand volume avalé en une fois. Se mouiller le visage, la nuque et les avant-bras aide le corps à évacuer la chaleur par évaporation, un geste simple à répéter plusieurs fois par jour plutôt qu’une seule fois le matin. Un chapeau à large bord et des vêtements clairs et amples complètent ces gestes, sans coût ni organisation particulière. Les signes d’alerte à connaître restent les maux de tête, les crampes, une fatigue inhabituelle ou une confusion soudaine, qui imposent d’arrêter le travail et de se mettre à l’ombre immédiatement.

Depuis le 1er juillet 2025, la réglementation fait du risque chaleur un risque professionnel à part entière, au même titre que le bruit ou l’exposition à des produits chimiques, et elle s’applique aussi à l’agriculture. L’employeur doit adapter l’organisation du travail, mettre à disposition de l’eau potable fraîche en quantité suffisante près des postes, et informer l’équipe sur les signes d’alerte d’un coup de chaleur. Ces mesures s’appliquent dès que Météo-France place le département en vigilance jaune, orange ou rouge canicule. La MSA recommande au moins 3 litres d’eau par jour et par personne, davantage en cas d’effort physique soutenu et de fortes chaleurs prolongées. Ces obligations concernent une ferme dès qu’elle emploie du personnel, y compris saisonnier.

Le point réglementaire depuis 2025

Le décret impose à l’employeur d’actualiser son document unique d’évaluation des risques professionnels pour y intégrer le risque chaleur, avec les mesures retenues : adaptation des horaires et des tâches, aménagement des postes (ombre, ventilation, brumisation), équipements appropriés, information et formation de l’équipe sur la conduite à tenir face à un coup de chaleur. L’employeur doit prévoir un protocole de secours permettant de donner l’alerte rapidement pour un travailleur isolé. La MSA et l’inspection du travail peuvent contrôler ces mesures. L’employeur engage sa responsabilité en cas de manquement grave, comme pour tout autre risque professionnel non prévenu.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.