Fiche technique

Blanchir les cultures en plein champ

Maraîchage
Blanchir les cultures en plein champ contre les coups de soleil

Les vagues de chaleur estivales exposent les légumes-fruits de plein champ (tomate, poivron, aubergine, melon, courge, concombre) à l’échaudage et aux coups de soleil. Une réponse mobilisable en agriculture biologique consiste à pulvériser sur la culture un film minéral blanc qui réfléchit une partie du rayonnement et abaisse la température du fruit et de la feuille de quelques degrés. Cet article fait le point sur les produits utilisables, les doses, les conditions d’application et les limites.

Pied de tomate recouvert d'un film blanc de kaolin après pulvérisation
Application de kaolin sur un pied de tomate. Source : Kabal, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Comment agit un film minéral réfléchissant

Un film minéral blanc déposé sur la plante et les fruits réfléchit une partie du rayonnement incident, notamment dans l’ultraviolet et l’infrarouge. Trois effets sont recherchés. Abaissement de la température du fruit et de la feuille. Sur tomate de plein champ, des essais menés par le fabricant de Surround (kaolinite calcinée) mesurent une baisse de la température foliaire de l’ordre de 5 °C (9 °F) lorsque les températures dépassaient régulièrement 32 à 35 °C. Sur cultures pérennes, le rafraîchissement du couvert est annoncé entre 5 et 8 °C. Cet écart suffit à ramener l’organe sous le seuil critique où apparaissent les nécroses d’échaudage. Limitation des coups de soleil et de la photo-inhibition. En réduisant la part de rayonnement absorbée, le film protège l’épiderme des fruits exposés (faces sud et ouest, fruits déshabillés par un effeuillage) et limite le blocage transitoire de la photosynthèse observé sous très fort éclairement et forte chaleur. Sur tomate, les essais Surround font état d’une réduction des dégâts de coup de soleil de l’ordre de 70 % et d’un gain de rendement modéré (autour de 6 à 7 % en application sur toute la saison). Effet barrière et répulsif contre certains ravageurs. Le dépôt minéral gêne la prise alimentaire et la ponte de plusieurs insectes (effet décrit historiquement en arboriculture contre le psylle, et utilisé comme barrière physique). Cet effet est secondaire dans un usage anti-chaleur, mais il peut s’y ajouter. Le rayonnement réfléchi ne pénétrant pas le fruit, on limite aussi le stress hydrique en réduisant la charge thermique que la plante doit dissiper par transpiration. À l’inverse, un film trop épais réduit la lumière utile : l’enjeu est de couvrir suffisamment pour réfléchir sans étouffer la culture.

Distinguer film sur la culture et blanchiment de l’abri

Cet article traite la pulvérisation d’un film minéral directement sur les plantes et les fruits de plein champ. Le blanchiment du plastique des serres et tunnels (badigeon appliqué sur la couverture de l’abri, et non sur la plante) relève d’une autre logique et fait l’objet d’un article dédié : Ombrage des abris. Les produits employés (carbonate de calcium, kaolin) sont voisins, mais les doses, le matériel et le retrait en fin de saison diffèrent.

Les produits utilisables en AB

Deux familles de minéraux blancs sont couramment utilisées, toutes deux compatibles avec le cahier des charges de l’agriculture biologique.

Kaolinite calcinée (argile blanche)

La référence est Surround WP, composé à environ 95 % de kaolinite calcinée, formulé en poudre mouillable. C’est le produit le plus documenté pour la protection contre les coups de soleil et le stress thermique sur cultures fruitières et légumières (tomate, concombre, melon, courge). La kaolinite calcinée forme un film blanc fin et adhérent qui réfléchit UV et infrarouges sans, selon le fabricant, inhiber l’absorption du CO₂ par les feuilles. En France, la pulvérisation d’argile blanche calcinée est autorisée en AB et déjà pratiquée en arboriculture comme barrière physique. La disponibilité commerciale et le statut réglementaire précis pour un usage « anti-coup de soleil » sur légumes varient : vérifier l’homologation et l’usage exact en vigueur sur le site officiel des produits phytopharmaceutiques avant emploi.

Carbonate de calcium / calcaire

La référence est Sokalciarbo WP (Société Kaolinière Armoricaine, n° d’homologation 2100038, homologué par l’Anses), une poudre mouillable à base de carbonate de calcium et de kaolin. Le GRAB l’utilise depuis 2011 pour le blanchiment de ses tunnels. Le carbonate de calcium est plus économique que les produits commerciaux spécifiques (de l’ordre de 1,60 €/kg). Historiquement utilisé pour blanchir les abris, il peut aussi servir de film réfléchissant ; sa rémanence sur la plante est cependant plus faible que celle de la kaolinite calcinée, ce qui impose des renouvellements plus fréquents.

Produits commerciaux spécifiques pour abris

Pour mémoire, il existe des produits à base de carbonate de calcium et de résine acrylique (Redusol, EclipseLD, Ombraflex, Climalux, Parasoline…) et des produits photosélectifs (type Transpar, Reduheat) qui réduisent la température sans réduire la photosynthèse, mais plus chers (environ 8 €/kg) et conçus pour la couverture des abris, pas pour une pulvérisation sur la culture en plein champ. Ils sortent du périmètre de cet article.

Doses, fréquence et conditions d’application
Doses indicatives

Les repères de dose proviennent surtout de l’usage en blanchiment et en arboriculture, à transposer avec prudence à la pulvérisation sur légumes de plein champ.

  • Kaolinite calcinée (Surround WP) : concentration de l’ordre de 3 à 5 % dans l’eau pour un film sur culture ; en arboriculture, la concentration est plafonnée autour de 3 ‰ par passage avec renouvellements. Sur tomate de plein champ, des essais rapportent un effet dès une pulvérisation à 5 %.
  • Carbonate de calcium (Sokalciarbo WP), repères blanchiment : 5 % en deux applications (200 kg/ha) ou 8 % en une application (160 kg/ha), pour un volume de 2 000 L/ha. Coût indicatif 256 à 320 €/ha selon le scénario.
Fréquence et renouvellement

Le film s’use sous l’effet de la pluie, du vent et de la croissance des organes. En pratique, 2 à 3 applications sur la saison assurent une durabilité suffisante en kaolinite. Renouveler dès que des zones de fruit redeviennent nues, et systématiquement après une pluie ou une irrigation par aspersion qui lessive le dépôt. L’irrigation au goutte-à-goutte, qui ne mouille pas le feuillage, ne dégrade pas le film.

Conditions et matériel
  • Pulvériser sur plantes sèches, par vent faible, pour un dépôt homogène.
  • Viser une bonne couverture des fruits exposés : contrôler visuellement le film blanc et ajuster le réglage jusqu’à couvrir les faces sud et ouest.
  • Agiter en continu la bouillie pendant tout le traitement pour éviter la sédimentation et le bouchage des buses.
  • Préférer des buses céramique (plus résistantes à l’abrasion de la poudre) et une pression de travail modérée (inférieure à 10 bars). Une pompe adaptée aux argiles limite l’usure.
  • Anticiper : commencer les applications avant l’épisode de chaleur annoncé, puis enchaîner les passages, plutôt que de traiter une culture déjà échaudée.
Cultures concernées et moment d’application

Les légumes-fruits de plein champ à épiderme exposé sont les premiers concernés : tomate, poivron, aubergine, melon, courge, concombre, courgette. La protection vise les fruits en grossissement et en maturation, ainsi que le feuillage lors des pics d’éclairement. Le moment d’application se cale sur le calendrier de risque :

  • Sur tomate, appliquer de la nouaison à la récolte pour la protection des fruits ; intervenir aussi pendant la floraison et la nouaison précoce pour limiter le stress thermique, sachant que la nouaison est perturbée au-delà de 32 à 35 °C et que la synthèse des pigments (lycopène, carotènes) est bloquée au-delà d’environ 30 °C.
  • Cibler en priorité les parcelles et faces les plus exposées, et les cultures dont les fruits ont été déshabillés par un effeuillage récent.
  • Déclencher avant la vague de chaleur, dès l’annonce de plusieurs jours au-dessus de 32 à 35 °C.

Pour le détail des symptômes d’échaudage et des accidents physiologiques liés à la chaleur (que cet article ne redétaille pas), voir Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur.

Limites et points d’attention
  • Dépôt blanc sur les fruits : le film reste visible à la récolte et doit être lavé avant commercialisation. Les chaînes de lavage des stations retirent l’essentiel du dépôt ; en vente directe, prévoir un rinçage. En arboriculture, on arrête les applications 15 à 40 jours avant récolte selon l’espèce pour limiter le marquage : transposer ce délai en testant le rendu sur les fruits destinés à la vente.
  • Baisse de photosynthèse si le film est trop épais : surdoser ou multiplier les passages sans usure du dépôt réduit la lumière utile. Couvrir suffisamment pour réfléchir, sans empâter la culture.
  • Bouchage de buses et sédimentation : sans agitation permanente, la poudre décante et bouche le matériel ; nettoyer le pulvérisateur après chaque chantier.
  • Effet sur les auxiliaires et pollinisateurs : toxicité directe faible sur la plupart des auxiliaires, mais des effets indirects sont rapportés sur certains acariens prédateurs (phytoséiides). Ne pas traiter pendant la floraison pour protéger les abeilles et les pollinisateurs ; le dépôt peut aussi gêner la pollinisation s’il recouvre les fleurs.
  • Coût et temps de chantier : à l’échelle d’une parcelle, compter le coût produit (de l’ordre de 1,6 €/kg pour le carbonate ; davantage pour la kaolinite calcinée formulée) plus les passages répétés. L’investissement se justifie surtout les années à canicule et sur les cultures à forte valeur.
Tableau comparatif des produits
Produit Type de minéral Cible & usage Dose indicative Effets Points d’attention
Surround WP Kaolinite calcinée (≈ 95 %) Film réfléchissant sur culture (tomate, melon, concombre, courge) ; barrière ravageurs ≈ 3 à 5 % dans l’eau ; 2 à 3 passages/saison −5 °C feuille, jusqu’à ≈ 70 % de coups de soleil en moins (essais tomate) ; sans inhibition annoncée du CO₂ Marquage des fruits (laver) ; agitation continue ; buses céramique ; pas en floraison
Sokalciarbo WP Carbonate de calcium + kaolin Blanchiment / film réfléchissant ; usage historique sur abris 5 % (2 appl., 200 kg/ha) ou 8 % (1 appl., 160 kg/ha) ; 2 000 L/ha Réflexion du rayonnement, baisse de température ; économique (≈ 1,6 €/kg) Rémanence plus faible sur plante (renouvellements plus fréquents) ; dépôt à laver
Produits carbonate + résine (Redusol, EclipseLD…) / photosélectifs (Transpar, Reduheat) Carbonate de calcium + résine acrylique Couverture des abris, hors périmètre plein champ Selon notice (badigeon sur plastique) Photosélectifs : baisse de T° sans baisse de photosynthèse Plus chers (≈ 8 €/kg pour les photosélectifs) ; retrait en automne ; pour abris

Les valeurs ci-dessus sont des repères issus d’essais et d’usages en blanchiment et en arboriculture. Les doses et délais avant récolte précis pour un usage sur légumes de plein champ doivent être confirmés sur l’étiquette du produit et son autorisation en vigueur. Pour caler la récolte au bon stade en parallèle de cette gestion de la chaleur, voir Récolter au bon moment : quelques repères techniques.

Où se procurer les produits en petite quantité

Un maraîcher cherche à acheter en sac ou bidon, pas en palette ni en big-bag de coopérative. Le tableau ci-dessous recense des points de vente proposant des conditionnements adaptés (≤ 25 kg). Il distingue deux statuts. Surround WP et Sokalciarbo WP sont des produits phytopharmaceutiques homologués (biocontrôle) : leur vente passe par un distributeur agréé et peut requérir un Certiphyto ; le prix public n’est en général pas affiché en ligne (commande après identification professionnelle, devis). Les argiles kaolin « UAB » vendues en boutique d’intrants bio sont des produits utilisables en agriculture biologique au statut différent : elles s’achètent librement, avec un prix affiché, mais ne portent pas l’AMM « insecticide » des deux précédents.

Fournisseur Produit Conditionnement Prix indicatif Accès
Germineo (distributeur agréé, Aveyron) Produits phytopharmaceutiques homologués (gamme protection des cultures), dont kaolin/Sokalciarbo sur demande Selon référence (sac) Sur devis Aveyron / en ligne
Agryco Sokalciarbo WP (carbonate de calcium + kaolin, homologué AB) Sac 25 kg Sur devis (prix après identification pro) En ligne (distributeur agréé)
De Sangosse Surround WP (kaolinite calcinée 95 %, biocontrôle AB) Sac (fabricant) Sur devis via revendeur agréé En ligne / réseau de revendeurs
Auxine Kaolin – argile kaolinite blanche UAB 2,5 kg / 25 kg ≈ 6,90 € (2,5 kg) / ≈ 59 € (25 kg) En ligne (vente libre)
La Vague Eco Kaolin – silicate d’aluminium naturel UAB 1 / 5 / 10 / 25 kg ≈ 8 € (1 kg) à ≈ 20 € (25 kg) En ligne (vente libre)

Prix indicatifs, à jour en juin 2026, hors frais de port et susceptibles de varier. Les conditionnements supérieurs (palettes, big-bags) existent chez ces distributeurs mais ne sont pas repris ici. Pour un usage homologué « anti-coup de soleil » sur légumes de plein champ, vérifier l’usage autorisé du produit sur le site E-Phy de l’Anses avant l’achat, et privilégier le distributeur agréé local (Germineo) qui peut conseiller la référence et le conditionnement adaptés.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.