Récolter, stocker, charger : comment limiter les ports de charge ?

Chargement et déchargement des légumes

Le maraîchage est un métier très physique : un légume peut être porté 6 à 10 fois entre la récolte et la vente (récolte → mise en caisse → déplacement au point de collecte → lavage → re-mise en caisse → stockage → chargement du véhicule → déchargement).
Pour donner un exemple : une production de 18 tonnes de légumes à 2.5 UTH peut vous faire porter entre 43 et 72 tonnes de légumes chacun et par saison !
Optimiser ces flux réduit la fatigue, les troubles musculo-squelettiques et améliore la productivité.

Exemple de chargement de camion en maraîchage biologique.

Organisation des caisses de récolte

La gestion des caisses doit être pensée pour minimiser les manutentions :

  • limiter les transferts caisse → table → autre caisse ;
  • travailler uniquement avec caisses empilables et homogènes ;
  • prévoir des zones dédiées : récolte, lavage, stockage, préparation de commande.

Les gains sont immédiats : moins de port de charge, moins d’allers-retours, plus de régularité dans les flux.

L’importance du bâtiment maraîcher

Le bâtiment maraîcher est le cœur logistique d’une ferme : stockage, lavage, tri, conditionnement et préparation des commandes.
Un bâtiment pensé pour le flux continu (“marche en avant”) permet de garder une bonne circulation des légumes, moins de manutention et donc une économie de temps et d’énergie.

Même avec un budget limité, il est possible de réaménager progressivement un bâti existant, en gardant deux principes :

  • Limiter les manutentions et rationaliser les déplacements.

Chaque poste doit être évalué : surface nécessaire, ergonomie, hauteur de travail, circulation des caisses.

Bâtiment de stockage
Aire bétonnée

Une aire bétonnée facilite le passage du transpalette ou du diable et le déplacement des palettes jusqu’au véhicule.
Un quai de chargement améliore encore l’efficacité, mais son coût peut être élevé.

Palettes et palox
  • privilégier des palox de petite taille et des palettes uniformes,
  • éviter les piles de plus d’un mètre pour garantir la ventilation,
  • organiser des zones définies : entrée légumes, sortie commandes.
Alternative au quai : la rampe de chargement

Lorsque la construction d’un quai n’est pas envisageable, la rampe de chargement mobile est une excellente alternative.
Avantages :

  • faible investissement,
  • utilisable aussi bien pour les livraisons que pour les marchés,
  • compatible avec diables.

Une rampe longue est plus encombrante et plus difficile à manipuler, mais elle offre une pente plus douce, ce qui facilite grandement les chargements.

Circulation des caisses : diable + mini-palette

L’association diable + mini-palette est l’un des systèmes les plus efficaces pour petites fermes :

  • les légumes sont posés sur mini-palette dès la sortie du lavage,
  • le diable assure le transport direct vers la chambre froide,
  • la même mini-palette est reprise pour le chargement du camion,
  • aucune recaisse ou manipulation intermédiaire.

Résultat : Diminution du nombre de ports, diminution du temps passé en manutention et réduction des risques de blessures (dos, épaules, poignets).

Retrouvez un document de 2018 “Ergonomie à la Ferme” de l’Atelier Paysan ci contre.
Retrouvez également une vidéo des Jardins de la Valette sur le chargement et déchargement avec le diable au marché.

Achat – revente sur une ferme

Faire de l’achat-revente sur sa ferme

L’achat-revente sur une ferme peut avoir un intérêt lorsqu’on souhaite proposer une gamme de légumes plus diversifiée, ou vendre des productions difficiles à faire chez soi — par exemple le poireau ou la pomme de terre quand on n’est pas ou peu mécanisé.

Il est tout à fait possible de le faire, mais en respectant certaines règles. De plus, il est important de savoir qu’il existe plusieurs définitions de l’activité agricole : une juridique, une fiscale et une sociale. Les règles sont différentes pour ces 3 définitions avec des modifications chaque année, il est conseillé de vous faire accompagner dans ces démarches.

Voici un récapitulatif :

  • Régime réel :

Lorsque l’entreprise est soumise à un régime réel d’imposition, il est possible d’intégrer l’achat-revente dans le bénéfice agricole tant que ces recettes restent accessoires : environ 30 % du chiffre d’affaires et sans dépasser 100 000 € (moyenne sur les 3 dernières années).

Je cite :
“Les produits des activités accessoires […] réalisés par un exploitant agricole soumis à un régime réel d’imposition peuvent être pris en compte pour la détermination du bénéfice agricole lorsque […] la moyenne annuelle des recettes accessoires commerciales et non commerciales de ces trois années n’excède ni 50 % de la moyenne annuelle des recettes tirées de l’activité agricole au titre desdites années, ni 100 000 €.”  Lire plus

  • Micro-BA :

Au régime micro-BA, il n’est pas autorisé de rattacher le chiffre d’affaires de l’achat-revente au chiffre d’affaires agricole. Il n’est pas non plus possible de créer une micro-BIC pour une activité qui serait en réalité une extension de l’activité agricole.

Je cite :
“Les exploitants agricoles relevant du régime des micro-exploitations (ou micro-BA) […] sont exclus du champ d’application de l’article 75 du CGI et ne peuvent pas rattacher à leur bénéfice imposable sous ce régime les recettes accessoires […]”  Lire plus

et également :
“Les recettes accessoires commerciales ou non commerciales réalisées par les sociétés civiles relevant du régime micro-BA sont imposées distinctement, selon un régime réel d’imposition[…].”  Lire plus

Donc l’achat-revente est bien considéré comme une recette accessoire commerciale et ne peut pas être intégrée dans le micro-BA.

Donc comment faire ?

Déclarer un BIC avec le même SIREN, sans créer une nouvelle entreprise :

  • Déclarer l’activité commerciale (achat-revente) via le guichet INPI
  • Ajouter un second code APE (ex. 47.21Z)
  • L’administration crée deux catégories fiscales sur le même SIREN :
    • Micro-BA pour l’activité agricole
    • BIC réel pour l’achat-revente
  • La déclaration se fait sur la 2042-C-PRO dans deux rubriques distinctes

→ Même SIREN, deux catégories fiscales séparées.

Je vous conseille de vous faire accompagner pour réaliser ces démarches, vous pouvez contacter l’AFOCG ou la Chambre d’Agriculture d’Aveyron.

Et sur le plan de la commercialisation ?

Il est important d’être transparent avec le client et de bien séparer visuellement les produits issus de la ferme et ceux provenant de l’achat-revente. En cas de contrôle, il est indispensable de disposer des factures des légumes achetés ; ces factures peuvent également attester d’un éventuel label AB sur les produits revendus.