Fiche technique

Le tipburn des choux

Maraîchage
Le tipburn des choux, une brûlure liée au calcium

Le tipburn arrive l’été sur les choux qui poussent rapidement, on remarque des nécroses brunes sur le bord des jeunes feuilles.

Sur les choux pommés ça reste sur les feuilles extérieures la plupart du temps, il faut donc nettoyer les choux pour la vente. Par contre sur les choux chinois c’est plus embêtant car ce sont les feuilles du cœur qui sont touchées. Parfois on ne peut pas s’en rendre compte si on ne le coupe pas en deux, et c’est malheureusement parfois un retour d’un client qui nous permet de nous en rendre compte.

Mais attention, ce n’est pas forcément un manque de calcium dans le sol, mais une indisponibilité du calcium qui ne remonte pas dans les feuilles du cœur. C’est la transpiration des feuilles qui fait monter le calcium, or les feuilles du cœur ne transpirent pas. Donc il n’est pas utile de corriger avec un amendement calcaire, ça ne changera rien.

Le plus important c’est la régularité de l’arrosage. Des arrosages irréguliers et un apport d’azote tardif font pousser les choux trop vite, et les nuits chaudes et sans air sous abri n’aident pas à faire remonter le calcium.

Nécrose brune sur la marge des jeunes feuilles de chou, tipburn
Nécrose marginale sur jeune feuille de chou.

Sommaire

Reconnaître le tipburn et ne pas le confondre
Sur les feuilles extérieures
Tipburn sur chou pommé : nécrose brune de la marge des feuilles de la couronne. Source : Yara

Le bord de la jeune feuille se dessèche et prend un aspect brûlé, translucide puis brun, et les bords des feuilles sont parfois déformés et gaufrés. Visible sans avoir besoin de couper le chou. Il s’installe sur les jeunes feuilles et signe un désordre en calcium.

Malheureusement il n’y a rien à faire, il faut aller nettoyer les feuilles touchées avant la commercialisation.

Les dégâts dans la pomme sont les plus gênants

Sur les choux pommés et surtout sur les choux chinois (pé-tsaï), c’est le tipburn interne qui pose le vrai problème, car les feuilles de l’intérieur de la pomme brunissent puis noircissent sans que rien ne se voie de l’extérieur. On ne le découvre qu’à la coupe ou au stockage, et c’est la pomme entière qui n’est plus vendable. Il s’exprime plutôt à l’approche de la maturité, quand les feuilles du cœur sont enfermées, peu aérées, les plus humides, et qu’elles transpirent le moins.

Tipburn interne sur chou chinois : nécrose brune et gaufrage des marges des feuilles du cœur, visible seulement à la coupe. Source : IRIIS phytoprotection (CRAAQ)

Et la perte ne s’arrête pas là, car ces tissus nécrosés et humides sont une porte d’entrée pour les pourritures molles bactériennes (Pectobacterium carotovorum, anciennement Erwinia). Sur les choux chinois, la pourriture des pommes en fin de culture par forte hygrométrie prend souvent naissance sur une nécrose marginale interne.

Toutes les brassicacées ne réagissent pas de la même façon, le chou chinois est le plus exposé, viennent ensuite le chou pommé, le chou-fleur, le brocoli et le chou de Bruxelles. La laitue est le cas parallèle le mieux documenté, et les deux photos ci-dessous montrent le même mécanisme sur salade, à l’extérieur puis à la coupe.

Nécrose brune sur la marge des jeunes feuilles de salade, tip burn
Même désordre sur laitue : nécrose de la marge des jeunes feuilles. Source : Ephytia / INRAE
Nécrose des feuilles du cœur d'une salade coupée, tip burn interne
Laitue : nécrose des feuilles du cœur (tip burn interne), visible à la coupe. Source : Ephytia / INRAE

Ce qui tranche la plupart du temps, c’est une nécrose sur les jeunes feuilles ou dans le cœur, pendant une phase de croissance rapide.

Comment ne pas le confondre
Avant de conclure au tipburn, il faut écarter les causes voisines.

  • Le coup de soleil, sur les faces exposées et les feuilles extérieures, pas sur les jeunes feuilles de l’intérieur.
  • La phytotoxicité, après une pulvérisation ou un engrais foliaire mal dosé, avec des marbrures ou des brûlures réparties selon le dépôt du produit.
  • Les ravageurs (chenilles, altises, limaces), qui laissent des morsures et des déjections.
  • La carence en bore, fréquente sur les brassicacées, qui donne des tiges creuses avec un brunissement de la moelle (« hollow stem »), un brunissement de la pomme du chou-fleur et des déformations. Ce n’est donc pas la nécrose marginale des jeunes feuilles, mais les deux désordres peuvent se retrouver ensemble car le bore monte lui aussi avec la transpiration.
Les facteurs qui déclenchent le problème

Le tipburn se déclenche quand les tissus jeunes demandent plus de calcium que la transpiration n’en amène, donc tout ce qui accélère la croissance ou bloque la transpiration y prédispose.

  • Une croissance trop rapide, car un excès d’azote, surtout tardif, fait pousser mou et augmente la demande en calcium par unité de temps, et le transport ne suit pas. Les formes ammoniacales aggravent le problème car l’ammonium concurrence le calcium à l’absorption.
  • Des à-coups d’arrosage, car un stress hydrique ou une irrigation en dents de scie interrompt le flux de sève qui porte le calcium, donc la régularité de l’arrosage compte plus que le volume.
  • Une forte hygrométrie et un air qui ne bouge pas, car les nuits chaudes et humides et l’air saturé et immobile autour de la pomme (faible déficit de saturation dans son microclimat) annulent la transpiration des feuilles du cœur, et sous abri c’est sûrement le premier facteur déclenchant.
  • Les fortes chaleurs, car sur les choux chinois les essais placent les conditions les plus sévères en culture d’été, avec des températures de 25 à 30 °C et une hygrométrie basse de 35 à 50 % qui forcent la croissance. En automne, une hygrométrie de 80 à 100 % favorise surtout la pourriture des pommes déjà atteintes, et les fortes amplitudes comme les à-coups climatiques accentuent le risque.
  • Les antagonismes entre éléments, car un excès de potassium, de magnésium ou d’ammonium et une salinité élevée font que les racines absorbent moins de calcium et en font monter moins dans la plante.
  • Des racines abîmées, car un tassement, des ravageurs du sol ou des à-coups font baisser la pression racinaire de la nuit, et c’est justement elle qui alimente les feuilles du cœur quand la transpiration est nulle.
Quoi faire en agriculture biologique

Aucun levier pris tout seul ne suffit, il faut donc une conduite d’ensemble qui vise une croissance régulière et un minimum de transpiration dans les feuilles du cœur.

Le choix de la variété

La sensibilité au tipburn est en grande partie génétique, et il existe des variétés nettement plus tolérantes, notamment sur chou pommé et sur chou de Bruxelles. À rendement comparable c’est ce qui marche le mieux et ça ne coûte rien de plus, donc il faut demander la sensibilité au tipburn au semencier avant de commander, en particulier pour les créneaux d’été.

La conduite de l’azote

Il faut éviter les excès et surtout les apports tardifs, qui relancent une croissance molle au moment où la pomme se forme. Fractionner la fumure, viser une nutrition azotée régulière plutôt qu’un pic, et ne pas faire reposer l’alimentation sur des formes ammoniacales. En bio, un apport organique mal calé peut se minéraliser au mauvais moment et créer un à-coup d’azote tardif, donc il vaut mieux l’anticiper.

La régularité de l’arrosage

Il faut maintenir une humidité du sol stable pendant toute la phase sensible, c’est-à-dire pendant la formation de la pomme, et éviter les alternances sec/humide. Le paillage limite les à-coups et aide à tenir la régularité de croissance.

Le climat et la transpiration

Sous abri il faut que les feuilles du cœur transpirent un minimum, donc favoriser le mouvement d’air, aérer, et éviter l’air saturé et stagnant, surtout la nuit et au petit matin. La conduite de l’ambiance est détaillée dans notre article Guide : gérer l’hygrométrie sous abris. En plein champ, une densité adaptée et une bonne circulation d’air entre les plants vont dans le même sens.

La gestion du sol

Un sol au bon pH et bien pourvu en calcium reste la base, et il faut raisonner le chaulage et surveiller l’équilibre cationique (rapports K/Ca/Mg) sur une analyse de sol, pour ne pas installer un antagonisme par excès de potassium ou de magnésium. Mais corriger le sol ne résout pas le tipburn quand la cause est le transport, et un sol riche en calcium n’empêche pas une carence localisée dans une pomme qui ne transpire pas.

Pourquoi le calcium ne monte pas jusqu’au cœur

Le calcium monte dans la plante avec l’eau, donc chaque organe reçoit ce que sa propre transpiration y amène et rien de plus. Les jeunes feuilles de l’intérieur de la pomme, sur le chou et le chou chinois, ou du cœur sur la laitue, sont enfermées et peu aérées, elles transpirent très peu, et le calcium y arrive donc en petite quantité même quand le sol en est bien pourvu. C’est la combinaison d’un organe qui transpire peu et d’une croissance rapide qui donne une carence localisée, alors que la plante entière n’est pas carencée.

Le même phénomène sur un légume-fruit donne le cul noir (nécrose apicale) de la tomate et du poivron, une carence localisée sur un organe qui transpire peu. On le traite dans notre article Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur.

Le détail du mécanisme
Le calcium est un constituant des parois cellulaires, et sous forme de pectates de calcium il assure la cohésion entre cellules voisines et il intervient quand les cellules se divisent et s’allongent. Quand il manque localement, les parois des cellules en croissance cèdent, les tissus s’effondrent et nécrosent.

Le calcium est absorbé passivement par les jeunes racines et transporté par le xylème, dans le flux de transpiration. Il est quasiment immobile dans le phloème et, une fois fixé aux parois, il ne redescend pas. La plante ne peut donc pas puiser dans le calcium des vieilles feuilles pour alimenter les jeunes.

La nuit, quand la transpiration s’arrête, c’est la pression racinaire et l’activité des zones en croissance qui poussent encore un peu de sève vers les feuilles enfermées, et c’est à peu près le seul moment où les feuilles du cœur reçoivent du calcium, ce qui explique que les nuits chaudes et saturées d’humidité soient si défavorables.

Les apports de calcium en AB
Le calcium foliaire agit peu, et au mauvais endroit

Le calcium foliaire agit vraiment, mais il agit peu et surtout au mauvais endroit. Le calcium déposé sur les feuilles extérieures ne migre pas vers les feuilles de l’intérieur car il est immobile une fois fixé, et c’est justement dans la pomme fermée que le tipburn se produit. Le foliaire ne peut donc agir que sur les feuillages encore ouverts, aux jeunes stades et sur la laitue, et avant la fermeture de la pomme, car ensuite le produit n’atteint plus sa cible. Plusieurs essais sur laitue montrent d’ailleurs que les pulvérisations n’augmentent pas assez la teneur en calcium des jeunes feuilles pour réduire nettement le tipburn, donc c’est un appoint et jamais la solution.

Ce qui est mobilisable en bio
  • Les produits foliaires calciques portant une attestation « utilisable en AB » (calcium d’origine algale, lithothamne, formulations attestées), à employer avant la pommaison sur un feuillage encore ouvert, en respectant strictement la dose et les cultures de l’étiquette, et après validation avec votre certificateur.
  • Les amendements calcaires du sol, c’est-à-dire le carbonate de calcium (calcaire, craie), le maërl et le lithothamne (carbonate de calcium d’algues) et le gypse (sulfate de calcium), autorisés en AB. Ils entretiennent le statut calcique et le pH du sol, mais ils agissent sur la disponibilité et pas sur le transport, donc ils ne suffisent pas contre le tipburn.
  • Le chlorure de calcium, lui, est bien autorisé en AB, mais uniquement en traitement foliaire du pommier, et il n’est donc pas utilisable sur les choux ni sur les salades.
Le point réglementaire sur le chlorure de calcium
Le chlorure de calcium figure bien à l’annexe II du règlement d’exécution (UE) 2021/1165, mais l’annexe le limite au traitement foliaire du pommier, et c’est cette restriction qui pose problème sur les choux et sur les salades. Qu’un produit soit homologué en AB sur une autre culture ne le rend pas utilisable ici, car c’est la culture de l’étiquette qui fait foi. En cas de doute il faut se référer à la liste des intrants utilisables en AB et demander l’avis du certificateur.
Tableau de synthèse
Facteur favorisant Effet sur le calcium Levier correctif en AB
Excès d’azote, apport tardif, forme ammoniacale Croissance rapide, la demande dépasse l’apport, et l’ammonium concurrence l’absorption Fractionner l’azote, éviter les apports tardifs, anticiper la minéralisation des apports organiques
À-coups d’irrigation, stress hydrique Interrompt le flux de sève qui transporte le calcium Irrigation régulière, humidité du sol stable, paillage
Forte hygrométrie nocturne, air stagnant sous abri Les feuilles du cœur ne transpirent plus, donc le calcium n’y parvient plus Aérer, créer du mouvement d’air, gérer l’ambiance (voir l’article hygrométrie)
Fortes chaleurs (25 à 30 °C) Croissance forcée et évapotranspiration déséquilibrée Aération, ombrage, densité adaptée, éviter les pics de croissance
Excès de potassium, de magnésium ou d’ammonium, salinité Antagonisme entre éléments, qui freine l’absorption et la montée du calcium Équilibrer la fumure sur analyse de sol, limiter les apports de potasse
Variété sensible Prédisposition génétique au désordre Choisir des variétés tolérantes, demander la sensibilité tipburn au semencier
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.