Les poireaux plantés au printemps sont maintenant bien développés, et c’est en cette fin septembre que la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) commence à inquiéter le réseau régional. Le bulletin de santé du végétal Midi-Pyrénées n° 12 du 3 septembre ne signalait encore aucune capture sur les pièges à phéromones installés depuis le 1er juillet en Haute-Garonne, dans le Gers et dans les Hautes-Pyrénées, mais déjà des dégâts sous filet dans le Tarn. Le bulletin technique Légumes bio de septembre, qui couvre l’Aveyron, confirme la progression avec les premières captures en Hautes-Pyrénées et des dégâts avérés dans le Tarn, toujours rien en Haute-Garonne. Aucun signalement ne concerne directement l’Aveyron pour l’instant, mais le réseau demande de rester vigilant jusqu’à fin octobre, car la pression peut monter vite une fois le vol lancé.
Des feuilles trouées jusqu’au cœur, avec un risque de pourriture
La chenille de la teigne du poireau mesure environ 10 à 12 mm de long, avec la tête, le thorax et les pattes jaunes, et elle quitte rapidement la mine de la feuille pour s’enfoncer entre les feuilles centrales du poireau. L’adulte est un petit papillon gris-brun d’environ 16 à 18 mm d’envergure, avec deux taches blanches au bord de chaque aile antérieure, mais il vole surtout de nuit donc on le voit rarement au champ.

Source : Ephytia, INRAE

Source : Ephytia, INRAE
Les dégâts se reconnaissent aux feuilles jaunies et tachées de brun, et surtout aux feuilles centrales trouées ou fendues dans le sens de la longueur, là où la chenille a creusé son passage. Une feuille attaquée par la teigne du poireau peut ensuite pourrir, car les perforations ouvrent la porte à des infections secondaires, contrairement aux galeries de la mouche mineuse du poireau qui restent propres. La mouche mineuse du poireau détaille cette confusion et les autres symptômes proches sur poireau. Une attaque forte réduit la partie verte consommable et abîme l’aspect du poireau, donc il faut trier davantage au conditionnement et écarter les fûts déjà touchés.

Source : Ephytia, INRAE
Un vol qui se poursuit jusqu’à fin octobre
La teigne du poireau réalise deux à trois générations par an entre avril et octobre, et les adultes passent l’hiver dans les débris végétaux avant de redémarrer au printemps suivant. Le vol qui inquiète le réseau en ce moment est donc l’un des derniers de la saison, et il peut se prolonger tard en automne selon les secteurs.
Poser un piège à phéromones dans la parcelle permet de suivre précisément le début de ce vol, comme le fait le réseau BSV depuis le 1er juillet sur ses parcelles de référence. Il faut sinon observer les poireaux une à deux fois par semaine jusqu’à fin octobre, en cherchant les premières feuilles trouées plutôt que les papillons eux-mêmes. Intervenir dès le tout début du vol donne une bien meilleure maîtrise de la pression que d’attendre les premiers dégâts visibles, car les chenilles déjà installées dans le cœur du poireau échappent à tout traitement.
Les moyens de lutte utilisables en bio
Le Bacillus thuringiensis, à positionner sur les jeunes chenilles
Le Bacillus thuringiensis agit seulement par ingestion sur les jeunes chenilles qui se nourrissent encore en surface, donc il faut traiter dès les premiers signes de vol et avant que les chenilles ne s’enfoncent dans le cœur du poireau, où plus aucun produit ne les atteint. Le bulletin technique de septembre cite DIPEL DF (AMM 2010513, Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki ABTS-351) en exemple, avec une dose homologuée sur poireau de 1 kg/ha et un maximum de 8 applications par saison à raison de 3 par génération, avec une zone non traitée de 5 m le long des points d’eau et sans délai avant récolte particulier. D’autres produits à base de Bacillus thuringiensis existent pour ce même usage, à vérifier auprès de son organisme certificateur.
Le spinosad autorisé sur poireau ne vise que le thrips
Le spinosad (SUCCESS 4, AMM 2060098, aussi vendu sous MUSDO 4 et NEXSUBA) est utilisable en bio sous conditions et homologué sur poireau, mais son seul usage autorisé sur cette culture cible le thrips, pas la teigne du poireau ni aucune autre chenille. Utiliser ce produit contre la teigne sortirait de son autorisation de mise sur le marché, même si le spinosad vise bien des chenilles sur d’autres cultures comme le chou. Il faut donc vérifier l’usage exact sur l’étiquette avant tout achat, et pas seulement la substance active.
Le filet retarde l’installation, mais pas toujours sur une parcelle déjà touchée
Le filet anti-insectes posé sur arceaux protège aussi contre la teigne du poireau quand il est fermé avant le début du vol, avec la même maille que celle détaillée dans l’article consacré à la mouche mineuse du poireau. Le bulletin technique de septembre signale pourtant des dégâts de teigne sous filet dans le Tarn, donc la pose seule ne suffit pas toujours quand le papillon était déjà présent sur la parcelle avant la fermeture. Il faut vérifier l’absence de feuille trouée avant de fermer un filet, plutôt que de l’installer sur une parcelle déjà touchée.
Sources
- Bulletin technique Légumes bio, septembre 2026 — Chambres d’agriculture d’Occitanie (Ariège, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Tarn, Tarn-et-Garonne).
- Bulletin de santé du végétal Maraîchage, édition Midi-Pyrénées n° 12 du 3 septembre 2026 — Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie.
- Ephytia — INRAe, VigiJardin : Teigne du poireau, carte d’identité et biologie.
- E-phy ANSES — DIPEL DF, AMM 2010513 (Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki ABTS-351).
- E-phy ANSES — SUCCESS 4, AMM 2060098 (spinosad 480 g/L), vérifié le 25 septembre 2026 : seul usage poireau homologué contre le thrips.
- Ressource APABA citée : La mouche mineuse du poireau.
Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.
