Fiche technique

Restrictions sécheresse en maraîchage : les réponses de la DDT de l’Aveyron

Maraîchage
« Dans les zones sans tours d’eau, le maraîchage hors cultures de plein champ bénéficie en crise du régime de l’alerte renforcée : le pompage est interdit de 8 h à 20 h. Il est donc possible d’irriguer de 20 h à 8 h. […] Il ne s’agit pas d’une dérogation individuelle à demander au moment du passage en crise : l’arrêté du 25 juin 2026 constitue lui-même une dérogation collective pour les catégories de cultures qu’il énumère. »Cyrielle Puech, unité gouvernance et police de l’eau, DDT de l’Aveyron (réponse écrite du 10 septembre 2026)

Lire la réponse complète de la DDT

Face à des informations contradictoires entre producteurs, l’APABA a interrogé la direction départementale des territoires (DDT) de l’Aveyron début septembre 2026. La DDT a répondu par écrit le 10 septembre 2026 et a joint les deux arrêtés préfectoraux du 25 juin 2026.

En crise, le maraîchage garde un créneau d’arrosage sans demande à faire

L’arrêté du 25 juin 2026 sur les dérogations pour l’irrigation classe le maraîchage hors plein champ parmi les cultures spéciales (liste complète dans « Les termes employés par la DDT », en fin d’article). Pour ces cultures, la DDT applique au niveau crise les mesures du niveau alerte renforcée : le pompage n’est donc pas totalement interdit. Cette dérogation est collective : elle ne suppose aucune demande individuelle au passage en crise.

Hors tour d’eau, le pompage est interdit de 8 h à 20 h en crise ; il est donc possible d’irriguer de 20 h à 8 h. Dans les neuf zones à tour d’eau, un maraîcher intégré irrigue les jours attribués par le calendrier de son exploitation, et le pompage y est interdit de 12 h à 18 h.

« Compte tenu […] du besoin quotidien d’arrosage des cultures maraichères, les tours d’eau sont établis, dans la mesure du possible, en laissant une irrigation quotidienne pour les maraîchers. »Cyrielle Puech, unité gouvernance et police de l’eau, DDT de l’Aveyron (réponse écrite du 10 septembre 2026)
Situation Alerte Alerte renforcée Crise
Intégré à un tour d’eau Jours du calendrier, 14 h-18 h interdit Jours du calendrier, 12 h-18 h interdit Comme en alerte renforcée
Zone sans tour d’eau Règle hebdomadaire (VigiEau) Règle hebdomadaire (VigiEau) 8 h-20 h interdit, arrosage 20 h-8 h

La DDT n’a pas défini le « hors plein champ » : en cas de doute sur une parcelle, il convient de demander confirmation à la DDT.

Les jeunes plants en mottes produits sur l’exploitation relèvent du maraîchage : ils bénéficient donc de la même dérogation, sans être rattachés à la pépinière. Une dérogation individuelle exceptionnelle est par ailleurs possible en cas de risque économique grave, si la demande est formalisée et justifiée auprès de la DDT.

Le tour d’eau ne couvre que les irrigants inscrits au plan annuel de répartition

Les neuf zones de tours d’eau couvrent les sous-bassins du Lot, de l’Aveyron et du Tarn. Huit sont classées bassins sensibles : sur ces zones, le niveau alerte s’applique par défaut à tous les irrigants inscrits pendant tout l’étiage, du 1er juin au 31 octobre, même quand le débit du cours d’eau est satisfaisant. L’annexe de l’arrêté tours d’eau, qui fixe les jours de pompage exploitation par exploitation, n’est pas mise en ligne : le tableau complet est à demander à l’APABA (tech.legumes@aveyron-bio.fr).

Un irrigant intégré au tour d’eau suit ce seul régime. Sur le Dourdou de Camarès amont, la DDT confirme que le niveau 2 s’applique seul, sans l’interdiction 8 h-20 h des cultures prioritaires en plus : les jours du calendrier, avec pompage interdit de 12 h à 18 h.

Selon la DDT, un maraîcher non inscrit au plan annuel de répartition (PAR) n’est pas couvert par le tour d’eau : il relève du régime général de sa zone et de sa culture. L’inscription se fait chaque année auprès de l’organisme unique de gestion collective (OUGC) du sous-bassin, qui intègre le point de prélèvement et le volume au plan de répartition. Une demande déposée en cours de campagne n’ouvre pas automatiquement l’accès au tour d’eau : elle doit passer par une modification du PAR.

Disposer d’un bassin sur l’exploitation n’exclut pas automatiquement du tour d’eau. La DDT regarde la situation réelle : le volume stocké et réellement mobilisable, la façon dont la retenue est alimentée, et si elle est reconnue comme déconnectée. La seule présence d’un plan d’eau sur la ferme ne suffit pas pour en être exclu.

Un bassin n’échappe aux restrictions qu’avec un acte reconnaissant sa gestion déconnectée

Pour la DDT, un bassin n’est déconnecté que si un acte écrit le reconnaît. Dans ce cas, l’eau déjà stockée peut servir à arroser, y compris en crise, dans la limite du volume du bassin et des conditions fixées par l’acte. Une retenue encore alimentée par une source pendant l’étiage n’est pas déconnectée ; si l’arrivée est coupée et la source repart à son cours naturel, la situation s’en rapproche, mais fermer une vanne ne suffit pas à elle seule : il faut l’acte de la DDT. Un forage qui continue à réalimenter le bassin pendant la restriction est, lui, un prélèvement soumis aux mêmes règles qu’un pompage direct.

L’acte se demande au service police de l’eau de la DDT. Le dossier réunit la localisation et les caractéristiques de l’ouvrage, son alimentation, son fonctionnement hydraulique, ses modalités de remplissage et de déconnexion, et les éléments qui montrent l’absence de prélèvement pendant l’étiage. La démarche n’entraîne aucun coût administratif, mais elle peut nécessiter des études ou des travaux à la charge du demandeur.

Le remplissage des retenues est interdit du 1er juin au 31 octobre, y compris par forage ou par source captée, sauf exceptions, notamment pour certaines retenues destinées à l’eau potable ou au soutien d’étiage. Une exception existe pour le bassin tampon, utilisé quand l’irrigation directe depuis le forage ou le cours d’eau n’est pas techniquement possible : la retenue échappe alors à l’interdiction de remplissage, mais le prélèvement est soumis aux mêmes restrictions qu’un prélèvement direct. L’article Poche souple ou bassin : créer sa réserve en eau compare les deux solutions et explique comment calculer le volume nécessaire et les démarches pour créer une réserve.

Que faire en cas de contrôle ?

Pour un prélèvement inférieur à 1 000 m³ par an, non intégré au PAR, il faut tenir un registre par ressource et par point de prélèvement : la DDT peut le demander en contrôle pour vérifier que ce seuil n’est pas dépassé. Noter la date, la durée de pompage et le volume estimé est une façon pratique de le tenir.

Pour montrer qu’une réserve est déconnectée, le document le plus solide est l’acte de la DDT, complété par les éléments réunis dans le dossier (alimentation, dispositif de coupure, période de remplissage, source rendue à son cours naturel s’il y a lieu, point de pompage). Les contrôles sont menés par la police de l’eau, la gendarmerie, la police municipale et l’Office français de la biodiversité (OFB), avec une amende de 5e classe : au maximum 1 500 € pour un particulier, 7 500 € pour une personne morale.

Les termes employés par la DDT
  • Niveaux 1, 2, 3 : alerte, alerte renforcée, crise.
  • Arrêté cadre interdépartemental (ACI) : texte de référence par sous-bassin (Lot, Aveyron, Tarn), qui fixe les débits à partir desquels chaque niveau s’applique.
  • Arrêté hebdomadaire de restrictions : pris chaque semaine par la préfecture selon les débits mesurés.
  • Cultures spéciales : maraîchage hors plein champ, plantes à parfum, aromatiques et médicinales, arboriculture, tabac, semences.
  • Plan annuel de répartition (PAR) : répartit les volumes entre préleveurs et points de prélèvement du sous-bassin.
  • Organisme unique de gestion collective (OUGC) : gestionnaire du PAR à l’échelle du sous-bassin.
  • Étiage : période de basses eaux, du 1er juin au 31 octobre en 2026.
  • Retenue déconnectée : reconnue par un acte de la DDT comme non alimentée par le milieu pendant l’étiage.
  • Bassin tampon : retenue qui pallie l’impossibilité technique d’irriguer directement depuis le forage ou le cours d’eau.
Le point réglementaire
Deux arrêtés du 25 juin 2026 encadrent la campagne : le n° 12-2026-06-25-00004 (dérogations pour l’irrigation) et le n° 12-2026-06-25-00003 (tours d’eau, qui abroge celui du 3 juin 2026). L’ensemble des dérogations cultures spéciales ne peut pas dépasser 10 % de la surface de l’assolement irrigué de la zone d’alerte.

En pratique

  • Vérifier chaque semaine le niveau de sa zone sur VigiEau ou la page des arrêtés de la préfecture.
  • En crise, hors tour d’eau → arroser de 20 h à 8 h, sans demande préalable.
  • En tour d’eau → jours du calendrier (chambre d’agriculture) ; pompage interdit 12 h-18 h en alerte renforcée et en crise, 14 h-18 h en alerte.
  • Pour intégrer un tour d’eau → demande annuelle à l’OUGC du sous-bassin, avant le 15 décembre sur le sous-bassin Tarn.
  • Bassin sur l’exploitation → demander l’acte de gestion déconnectée à la DDT avant de s’en prévaloir.
  • Prélèvement inférieur à 1 000 m³/an hors PAR → tenir un registre par ressource et par point de prélèvement.
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.