L’été 2026 a de nouveau imposé des arrêtés de restriction sur plusieurs bassins versants de l’Aveyron, avec des tours d’eau et des coupures complètes du prélèvement en cours d’eau et en nappe sur certaines périodes. Pour une exploitation maraîchère qui vit de ses récoltes d’été, un prélèvement suspendu quelques jours en pleine demande peut suffire à perdre une culture entière. La seule parade fiable est de stocker de l’eau en amont de la tension, quand le débit est encore disponible, pour irriguer sans dépendre du prélèvement direct pendant les pics de chaleur ou les arrêtés.
La poche souple et le bassin creusé étanché à la bâche EPDM couvrent l’essentiel des besoins d’une exploitation maraîchère. Le choix dépend surtout du volume visé, du budget disponible et de la place sur la ferme.
Sommaire
- La poche souple, un stockage rapide à poser
- Le bassin en bâche EPDM, plus de volume à terme
- Poche ou bassin : ce qui les distingue
- Ce qu’impose la réglementation
- Dimensionner sa réserve en eau
- Sources
La poche souple se pose en une journée, sans terrassement lourd
La poche souple, ou citerne souple, est une membrane en toile PVC haute résistance, autoportante, posée à plat sur une aire préparée et mise en forme par le remplissage lui-même, sans structure ni fondation. Les gammes courantes vont de quelques mètres cubes à plusieurs centaines, avec des capacités de 5, 10, 20, 30 ou 50 m³ fréquentes en maraîchage.
Côté prix, la poche seule coûte de l’ordre de 45 à 110 €/m³ TTC selon le volume choisi, en baisse nette à mesure que la capacité augmente (une poche de 50 m³ revient à environ 45 €/m³, contre plus de 100 €/m³ pour une poche de 5 m³). À ce prix s’ajoutent la préparation du sol (nivellement, cailloux et racines retirés), un géotextile de protection posé sous la poche, les raccords et souvent une pompe si l’eau ne part pas par gravité, ce qui porte le prix tout compris à environ 20 à 30 % de plus que la poche seule. La préparation du sol reste modeste comparée au terrassement d’un bassin creusé.
Les fabricants annoncent une garantie de 10 ans sur la toile, et la durée de vie réelle dépasse souvent cette garantie si la poche reste protégée d’une exposition continue aux UV (bâche de protection, pose à l’ombre) et à l’abri du gel en cas de remplissage hivernal. Sans cette protection, la toile se fragilise plus vite. Il faut aussi respecter une distance suffisante aux obstacles pointus (clôtures, branches, structures métalliques) qui pourraient percer la membrane, et prévoir un accès pour le camion de livraison.
Le bassin en bâche EPDM tient plus longtemps mais coûte plus cher à construire
Le bassin creusé et étanché à la bâche EPDM (caoutchouc synthétique monocouche) encaisse mieux les gros volumes et les formes irrégulières du terrain que la poche souple. La bâche se pose sur un géotextile anti-poinçonnant qui la protège des cailloux et des racines, et s’ancre en périphérie dans une tranchée remblayée.
Côté prix, la membrane EPDM de 1 à 1,2 mm d’épaisseur coûte entre 7,50 et 10,50 € HT/m² selon le fournisseur, et le géotextile de protection ajoute 1,50 à 2,50 € HT/m² selon le grammage. Mais c’est le terrassement qui pèse le plus dans la facture, entre 25 et 60 € par m³ excavé selon l’accessibilité du terrain. Sur un exemple de bassin de ferme (fond plat de 10 m sur 10 m, profondeur 2 m, talus en pente à 45°, soit environ 290 m³ utiles et 260 m² de bâche posée en comptant recouvrements et ancrage), le coût tout compris (bâche, géotextile, terrassement) ressort autour de 50 €/m³, tiré surtout par le terrassement.
Un bassin ouvert perd de l’eau par évaporation, contrairement à la poche fermée. La lame d’eau perdue peut atteindre 5 à 7 mm par jour en pointe estivale, ce qui représente plusieurs mètres cubes par semaine dès que le bassin dépasse quelques dizaines de m² de surface au miroir, un poste à intégrer dans le dimensionnement (cf. plus bas).
La durée de vie de l’EPDM dépasse largement celle des autres bâches, le fabricant historique de la membrane annonce plus de 50 ans, appuyé par des installations des années 1970 toujours étanches. En usage agricole, avec plus de sollicitations mécaniques qu’un bassin de jardin protégé, mieux vaut retenir une durée de vie de plusieurs décennies que la promesse du fabricant telle quelle.
La sécurité n’est pas un détail sur un bassin ouvert. Un bassin de plusieurs dizaines de centimètres de profondeur présente un vrai risque de noyade, y compris pour un adulte qui glisse sur une berge en pente et ne trouve pas de prise pour ressortir. La MSA recommande une clôture qui empêche l’accès direct, au moins un point de sortie facile à atteindre depuis l’eau (échelle, rampe, corde), et une signalisation visible du danger.
Le choix se joue surtout sur le volume visé et le budget disponible
Le tableau suivant reprend les points qui distinguent vraiment les deux solutions pour une ferme maraîchère.
| Critère | Poche souple | Bassin EPDM |
|---|---|---|
| Capacités courantes | 5 à 500 m³, modulaire | De quelques dizaines à plusieurs milliers de m³ |
| Coût au m³ tout compris | ≈ 55 à 140 €/m³ selon le volume (poche + pose) | ≈ 50 €/m³ sur l’exemple ci-dessus, plutôt moins sur un gros volume, car le terrassement coûte proportionnellement moins cher quand on creuse beaucoup |
| Emprise au sol | Compacte, hauteur limitée, pose hors-sol | Large (talus en pente), profondeur qui dépasse souvent 2 m |
| Durée de vie | 10 ans garantis, au-delà si bien protégée des UV et du gel | Plusieurs décennies pour la bâche EPDM |
| Évaporation | Nulle, poche fermée | Réelle en été, jusqu’à 5 à 7 mm par jour sur la surface au miroir |
| Sécurité | Risque limité, paroi basse | Clôture et dispositif de sortie nécessaires |
| Réversibilité | Totale, on vide et on replie | Faible, un bassin creusé se comble difficilement |
Le volume et l’origine de l’eau déterminent les démarches à faire
Au-delà d’un certain volume, créer une réserve en eau n’est pas qu’une question technique, une déclaration ou une autorisation au titre de la loi sur l’eau peut être nécessaire, et les seuils ne sont pas les mêmes selon qu’on creuse un bassin en contact avec le milieu naturel ou qu’on installe une poche hors-sol remplie par pompage. Le remplissage par le réseau d’eau potable ajoute sa propre contrainte, un dispositif anti-retour est indispensable pour ne pas contaminer le réseau public. Une déclaration préalable en mairie est en général nécessaire dès que l’emprise au sol dépasse quelques dizaines de mètres carrés, et parfois un permis pour les plus gros volumes selon le règlement d’urbanisme de la commune.
Avant de lancer un chantier, le plus sûr reste de vérifier son projet auprès de la DDT de l’Aveyron, qui instruit les dossiers loi sur l’eau du département. Plusieurs aides existent pour ce type de projet, dont celles de l’agence de l’eau Adour-Garonne, le FEADER et le PCAE régional, avec des montants et des conditions qui varient selon les années et les projets, à vérifier directement auprès de ces organismes avant d’engager les travaux.
Le point réglementaire
Pour un bassin creusé qui reste en contact avec la nappe ou qui se remplit par ruissellement, c’est la surface du plan d’eau qui compte, une simple déclaration suffit en général entre 1 000 m² et 3 hectares de surface, et une autorisation est nécessaire au-delà. La plupart des réserves de ferme maraîchère, largement sous 1 000 m² d’emprise, restent sous ces deux seuils. Pour une poche souple hors-sol, ou un bassin étanché qui n’est jamais en contact avec le milieu (bâche continue sous les fonds), c’est le prélèvement qui alimente la réserve qui est encadré, pas le contenant, avec ses propres seuils sur le débit prélevé en cours d’eau ou en nappe. Le remplissage par un cours d’eau ajoute la question du débit à laisser en aval, particulièrement suivie en période d’étiage. En pratique, l’essentiel des réserves de quelques centaines de mètres cubes reste sous les seuils d’autorisation, mais peut basculer en déclaration selon la surface ou le mode de remplissage retenu, d’où l’intérêt de vérifier le dossier avant de creuser plutôt qu’après.
Le volume à prévoir se calcule à partir de l’ETP de la période et de la surface cultivée
Une culture consomme ce que le climat lui prend, et cette consommation porte un nom : l’évapotranspiration potentielle, l’ETP, exprimée en millimètres par jour. Un millimètre sur un mètre carré fait un litre, donc l’ETP se convertit directement en volume dès qu’on connaît la surface cultivée. Il n’y a pas besoin de compter les goutteurs pour dimensionner une réserve, il faut seulement savoir combien la ferme consomme par jour et combien de jours on veut tenir.
Prenons une ferme de 5 000 m² cultivés, sur une période de forte demande où l’ETP moyenne ressort à 4,5 mm par jour. Elle consomme 22,5 m³ par jour, et il lui faut 315 m³ pour tenir deux semaines sans un apport d’eau.
Le détail du calcul
Le calcul tient sur trois paramètres. Le premier paramètre est l’ETP moyenne de la période, en millimètres par jour. Elle dépend du climat local, donc elle se prend sur sa propre commune et non sur une moyenne régionale, et sur la période qu’on veut couvrir : deux semaines de fin juillet ne donnent pas la même valeur que deux semaines de septembre. Dans cet exemple elle vaut 4,5 mm par jour.
Le deuxième paramètre est la surface réellement cultivée, en mètres carrés. Les allées, les abords et les bâtiments ne comptent pas. Ici 5 000 m².
La troisième est le nombre de jours d’autonomie qu’on veut se donner, c’est-à-dire le temps qu’on veut pouvoir tenir sans prélever d’eau du forage, rivière, etc…
Le résultat donne le volume : 4,5 mm/j × 5 000 m² = 22 500 litres par jour, soit 22,5 m³ par jour. Sur 14 jours, 22,5 × 14 = 315 m³. Pour refaire le calcul chez soi, la formule tient en une ligne : ETP moyenne × surface cultivée ÷ 1 000 × nombre de jours.
Deux hypothèses se cachent derrière ce calcul, et il vaut mieux les connaître. La première est un coefficient cultural de 1, ce qui revient à supposer que la culture consomme exactement l’ETP de référence. Beaucoup de cultures consomment moins sur une partie de leur cycle, donc l’hypothèse penche du côté sûr, ce qui est ce qu’on veut pour dimensionner. La seconde est qu’on ne déduit aucune pluie : c’est le principe même de l’autonomie, on se donne un volume pour la période où il ne pleut pas.
Ce volume ne couvre que l’irrigation, il faut y ajouter à part le lavage des légumes et l’usage domestique.
Reste à choisir combien de temps on veut tenir sans nouvel apport. Le tableau applique ce besoin journalier de 22,5 m³ à quatre niveaux d’autonomie.
| Tenir sans eau | Il me faut |
|---|---|
| 7 jours | 158 m³ |
| 14 jours | 315 m³ |
| 21 jours | 472 m³ |
| 30 jours | 675 m³ |
Ce volume brut n’est pas le volume final, plusieurs corrections s’appliquent avant. D’abord le volume mort, la garde qu’on ne pompe jamais au fond de la réserve pour ne pas aspirer de dépôt ou désamorcer la pompe, de l’ordre de 10 % du volume utile. Ensuite une marge de sécurité pour absorber une période plus chaude que celle prise en référence ou un imprévu comme une fuite ou une panne de pompe le temps de la réparer, de l’ordre de 15 à 20 %. En cumulant ces deux postes, 10 % de volume mort et 15 % de marge, les 315 m³ de deux semaines demandent une réserve d’environ 398 m³.
Sur un bassin ouvert s’ajoute l’évaporation, qui n’existe pas sur une poche fermée. Pour une réserve de 398 m³ creusée à 2 m de profondeur, soit environ 199 m² de surface au miroir, une évaporation de pointe à 6 mm par jour ajoute sur une quinzaine 199 × 6 × 14 / 1 000, soit environ 17 m³, ce qui porte le volume à prévoir à environ 415 m³. La part de l’évaporation grossit avec la surface exposée et la durée de stockage, donc elle se recalcule au cas par cas plutôt qu’en appliquant un pourcentage fixe.
Ces chiffres montent vite, et peu de fermes construisent une réserve d’un mois. Le calcul sert surtout à savoir où l’on se situe, et à choisir un niveau d’autonomie en connaissance de cause plutôt qu’à creuser au jugé.
Sources
- Flocea — Citerne souple agricole de 5 à 500 m³ (prix relevés le 24/08/2026)
- Bâches EPDM — Tarifs bâche EPDM bassin et géotextiles de protection (page à jour d’août 2023, consultée le 24/08/2026)
- Mon Habitat Durable — Bâche EPDM : prix au m², épaisseur et pose (consulté le 24/08/2026)
- TarifArtisan — Prix terrassement, tarifs au m² et m³ (consulté le 24/08/2026, moyenne généraliste hors chantier de bassin agricole)
- Euro-Matic — Combien d’eau s’évapore d’une retenue d’eau en été (publié le 22/06/2026)
- MSA — Fiche risque « Décès par noyade dans un bassin » (MSA Picardie, 2016)
- DDT de l’Aveyron — Déclarer un dossier loi sur l’eau
- Réseau Zones Humides — Rubrique 3.2.3.0, création de plans d’eau, seuils de déclaration et d’autorisation
- Légifrance — Arrêté du 3 juillet 2024 modifiant l’arrêté du 9 juin 2021 relatif à la rubrique 3.2.3.0 (plans d’eau)
- Agence de l’eau Adour-Garonne — Les aides financières pour l’agriculture
- APABA — Dimensionner sa réserve d’eau en maraîchage, l’outil qui fait ce calcul à partir de l’ETP de votre commune et de la période choisie.
- APABA — Outils techniques en maraîchage, dont le module « Ma ferme » (durées d’arrosage par ETP et coefficients culturaux).
Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.
