Fiche technique

La mouche mineuse du poireau

Maraîchage

Les poireaux plantés au printemps sont au stade 7 à 9 feuilles fin août 2026, et c’est justement le moment de vérifier s’ils portent des piqûres de nutrition de la mouche mineuse du poireau (Phytomyza gymnostoma). Le bulletin de santé du végétal Maraîchage Midi-Pyrénées n° 11 du 20 août 2026, qui couvre l’Aveyron, ne signale aucune capture ni aucun dégât pour l’instant sur ce ravageur. Mais le risque reste présent sur les parcelles où il a déjà été observé les années précédentes, et dès que des piqûres apparaissent sur le feuillage il faut poser un filet sans attendre, car le second vol de l’année démarre justement en cette fin août. Dans l’immédiat il n’y a donc rien à traiter, mais c’est le bon moment pour surveiller et pour préparer la pose.

Sommaire

Une petite mouche grise installée en France depuis 2003

La mouche mineuse du poireau mesure environ 3 mm de long, avec une tête et un abdomen marqués de jaune sur un corps gris. Elle appartient à la famille des Agromyzidae, celle des mouches mineuses, et elle a été identifiée pour la première fois en Alsace en 2003 avant de progresser sur l’ensemble du territoire français. Elle s’attaque à toutes les alliacées, le poireau, l’ail, l’oignon, l’échalote et la ciboulette.

Ne pas confondre
  • La teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) est une chenille, pas une mouche, et elle laisse des galeries irrégulières dans les feuilles centrales et le cœur du poireau, avec la chenille elle-même visible à l’intérieur. Elle se traite avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, qui n’a aucun effet sur la mouche mineuse car il cible les chenilles et pas les asticots. Le bulletin technique Légumes bio d’août 2026 recommande de suivre son vol au piège à phéromones à partir de début juillet et signale une seule capture sur la quinzaine écoulée dans le réseau régional.
  • La mouche de l’oignon (Delia antiqua) attaque surtout l’oignon, elle pond à la base des plants et ses asticots creusent la partie basse et les racines, ce qui fait pourrir le pied et coucher les feuilles. Une odeur de pourriture aux racines signe cette mouche plutôt que la mineuse, dont les galeries restent propres.
  • Le thrips (Thrips tabaci) laisse des plages argentées et des points noirs sur les feuilles, sans galerie ni piqûre alignée. Le thrips sur oignons et poireaux détaille son diagnostic.

Attention à ne pas se tromper de diagnostic car la stratégie de lutte n’est pas la même. Un filet ou une fauche contre la mineuse ne fait rien contre la teigne, et un traitement à la Bacillus thuringiensis contre la teigne ne fait rien contre la mineuse.

Le second vol de l’année fin août

La mouche mineuse du poireau réalise deux générations par an. Le premier vol démarre au printemps quand les températures dépassent 15 degrés, généralement en avril, et il touche surtout les oignons, les aillets et les pépinières de poireaux à ce moment-là. Les adultes de la seconde génération émergent ensuite en fin d’été après une diapause estivale qui dure de juin à août, et leur vol peut se prolonger jusqu’en novembre. C’est ce second vol qui concerne les poireaux plantés au printemps et déjà bien développés fin août, car ils sont la culture d’Allium la plus présente au champ à cette période.

Le détail du cycle
Après l’émergence, les femelles se nourrissent et pondent dès le premier jour. Elles se posent sur le feuillage, piquent pour se nourrir de sève, puis choisissent leur plante hôte et insèrent leurs œufs, ovales et translucides, dans les tissus de la feuille à l’aide de leur oviscapte. Au bout de 5 à 7 jours les asticots pénètrent dans la feuille et creusent des galeries rectilignes, et à la fin de leur croissance larvaire, environ deux semaines plus tard, ils se transforment en pupes. Ces pupes s’installent sous l’épiderme du fût ou parfois dans le sol, et c’est sous cette forme que la mouche passe l’hiver, avant l’émergence du vol de printemps suivant.
Repérer les piqûres avant les galeries

Les premiers signes sont des piqûres de nutrition, de petits points blancs alignés en bout de feuille, là où les femelles piquent pour se nourrir avant de pondre. Ces piqûres précèdent la ponte, donc leur présence signale qu’il faut intervenir avant que les galeries n’apparaissent. Or les galeries apparaissent ensuite, une fois les œufs pondus, sous forme de mines rectilignes le long de la feuille, blanchâtres ou parfois teintées de brun-rose sur la partie basse blanche du poireau. Ces galeries s’étendent avec la croissance de la plante et finissent par éclater en surface, mais elles ne pourrissent pas.

Piqûres de nutrition alignées et sève perlée sur une feuille d'oignon, avec de fines mines linéaires
Piqûres de nutrition et mines sur oignon.
Source : Ephytia, INRAe (photo M. Billard, aramel.free.fr)
Nombreuses galeries creusées par les larves de la mouche mineuse dans une feuille de poireau
Galeries creusées par les larves, en grand nombre.
Source : Ephytia, INRAe (photo M. Javoy)

Il faut regarder les feuilles une par une, en particulier les plus jeunes et les plus extérieures, une à deux fois par semaine à partir de mi-août.

Un poireau miné se nettoie, il ne pourrit pas

Les galeries ne provoquent pas de pourriture, elles gardent une teinte blanchâtre ou brun-rose bien après le passage des asticots. Mais un poireau miné reste difficile à vendre, car les traces de mines et les feuilles mangées se voient au premier coup d’œil sur l’étal, et au conditionnement il faut retirer une à une les feuilles les plus touchées. Ce nettoyage supplémentaire prend du temps à chaque récolte et réduit le poids commercialisable. Quand les pupes se forment dans le fût, sous l’épiderme en bout de galerie, elles restent visibles à la coupe et rendent la partie blanche elle-même impropre à la vente.

Pupe brun-roux de la mouche mineuse du poireau sous l'épiderme du fût
Pupe, environ 3 à 4 mm, sous l’épiderme du fût. Source : Ephytia, INRAe (photo M. Billard, aramel.free.fr)
Le filet, le seul levier vraiment efficace

La seule mesure vraiment efficace contre cette mouche reste le filet anti-insectes, car aucun produit de biocontrôle homologué ne cible ce ravageur à ce jour, vérifié sur e-phy (ANSES) en août 2026. L’article Protection anti-insectes explique déjà comment choisir la maille et poser le filet, et il cite le filet classique à 950 × 800 microns comme efficace contre les mouches mineuses.

Il faut poser le filet dès maintenant, avant que le second vol ne s’installe, et le garder en place au moins jusqu’à mi-novembre pour couvrir toute la durée du vol d’automne. Or un voile aux mailles assez fines pour arrêter cette mouche crée un microclimat plus chaud et plus humide sous la bâche, ce qui favorise l’alternariose et la sclérotiniose, donc il faut surveiller le feuillage sous filet comme on le ferait sans filet. Poser un filet sur une parcelle où la mouche est déjà installée n’arrête rien, car cela enferme les adultes avec la culture au lieu de les tenir à distance. Il faut donc vérifier l’absence de piqûres avant de fermer la parcelle.

Éloigner les Allium et détruire les résidus

Les pupes qui restent dans le sol ou dans les résidus de récolte permettent au ravageur de passer l’hiver et de redémarrer au printemps suivant. Il faut donc évacuer et détruire les résidus de poireau, d’ail et d’oignon après la récolte, sans les mettre au compost. Un labour ou un sarclage en hiver détruit une partie des pupes qui hivernent dans le sol. Il faut aussi éloigner dans l’espace les parcelles d’Allium successives et éviter de replanter un poireau juste à côté d’une parcelle d’ail ou d’oignon en fin de cycle, car les mouches déjà installées migrent facilement d’une parcelle à l’autre.

La fauche, un rattrapage sur poireaux déjà développés

Sur des poireaux déjà bien développés, une fauche du feuillage peut compléter le filet quand le vol est confirmé. Il faut couper entre 10 et 15 cm du haut des feuilles, une semaine après le pic de vol constaté, pour retirer les œufs et les jeunes asticots avant qu’ils ne s’installent dans le fût. Une seule coupe suffit, car une deuxième fauche retire trop de surface foliaire et pèse sur le rendement final. Cette technique ne remplace pas le filet, elle sert plutôt de rattrapage quand la pose est arrivée trop tard ou quand la pression est déjà là malgré le filet.

Un parasitoïde naturel, encore mal caractérisé
Une guêpe parasitoïde de la famille des Pteromalidae, Halticoptera circulus, s’installe parfois après l’arrivée de la mouche mineuse sur un secteur et peut parasiter jusqu’à 23 % des pupes selon une étude serbe citée par la FREDON. D’autres parasitoïdes naturels existent, mais ils restent mal caractérisés et aucun n’est disponible dans le commerce, donc ce levier ne se pilote pas pour l’instant. Sur le terrain, les parcelles de poireaux situées près d’une haie semblent moins touchées, ce qui pourrait tenir à une meilleure régulation naturelle par ces auxiliaires.
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.