C’est de fin juillet à début septembre que le thrips du tabac (Thrips tabaci) fait le plus de dégâts sur l’oignon et sur le poireau. Il est en 2026 le premier ravageur des Allium en Occitanie. Le BSV Maraîchage Languedoc-Roussillon n° 15 du 29 juillet 2026 signale de « fortes attaques de thrips bloquant le grossissement de l’oignon », et le Bulletin technique Légumes bio du même mois note une « forte pression avec les conditions très chaudes et sèches depuis fin juin ». Juin a été relevé à Toulouse-Blagnac à +3,8 °C au-dessus des normales, avec 17,1 mm de pluie (−73 %) et 38 % d’ensoleillement en plus, et le thrips se développe justement quand il fait chaud et sec.
Sur l’oignon la perte de rendement est due à la perte de surface pour la photosynthèse. Cela bloque le grossissement du bulbe, et sur un jeune plant une attaque peut détruire toute la culture. Sur le poireau le dégât est d’abord visuel, mais il porte sur les feuilles qu’on vend et il réduit lui aussi la photosynthèse. Les populations se réfugient dans les gaines et dans le fût, à l’abri de la pulvérisation.
Sommaire
- Reconnaître les dégâts
- Observer et décider, méthode et seuils
- Les leviers préventifs
- Les produits utilisables en AB
- Synthèse des produits
- Sources
Reconnaître les dégâts sur oignon et sur poireau
Les larves et les adultes vident les cellules sous l’épiderme, ce qui laisse des plages argentées. Sur Allium elles forment de petites taches longitudinales blanc-grisâtre qui suivent la nervation, elles confluent en larges zones décolorées, puis elles se nécrosent en teinte beigeâtre. Le diagnostic se confirme par les minuscules ponctuations noires dispersées dans les plages décolorées, c’est-à-dire les déjections.

Source : Ephytia, INRAe

Source : Ephytia, INRAe
La larve, jaune-orangé à yeux rouges, se tient à la face inférieure des feuilles et dans les gaines, et c’est elle qu’on vise avec un produit de contact. L’œuf est inséré dans les tissus et les nymphes descendent au sol, donc deux stades sur six échappent à tout traitement aérien.



Sur poireau d’automne récolté en novembre-décembre, les feuilles vendues sont émises en septembre, donc après les vols intenses, et on peut assainir la population en fin de vol plutôt que pendant toute l’infestation.
Ne pas le confondre
- Coup de soleil et stress thermique, décoloration en plages larges sur la face exposée, sans ponctuations noires ni gradient depuis les gaines. Classé à risque important sur oignon en juillet 2026 par le BSV Occitanie n° 15.
- Acariens, également classés à risque important en juillet 2026, piqueté plus fin et diffus, sans taches longitudinales structurées ni déjections noires.
- Brûlure d’aspersion, marques diffuses en gouttes, souvent en haut de feuille, apparues brutalement après un passage d’eau en pleine chaleur.
- Mineuse des Alliacées (Phytomyza gymnostoma) et teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella), galeries internes, pupes brunes dans le fût ou perforations avec la chenille présente, mais sans plage argentée.
En cas de doute il faut regarder la face inférieure des feuilles à la loupe, le thrips y est orangé clair et les déjections noires.
Observer et décider, la méthode et les seuils
Le comptage au champ, feuille à feuille à la loupe frontale, reste la référence. Il faut compter de mai à fin septembre, une fois par semaine, et tous les 3 à 4 jours pendant les vols intenses de fin juillet à début septembre. Sur poireau un comptage sans détermination d’espèce suffit, cette espèce représentant plus de 90 % des thrips.
Le piégeage renseigne sur les périodes et l’intensité des vols, pas sur la population installée. Le dispositif validé par le groupe de travail Ctifl tient en 5 plaques bleu clair de 20 cm de côté, distantes de quelques mètres et placées 10 cm au-dessus de la culture, à remonter avec la croissance. Le bleu vaut mieux que le jaune, car les pièges bleus enregistrent les premiers pics quand les jaunes ne capturent rien. Par contre en septembre-octobre l’activité migratrice se réduit, et seul le comptage sur plante reste fiable.
Les seuils ci-dessous viennent des travaux Ctifl, Sileban, Sérail et Fredec Nord-Pas-de-Calais publiés dans Infos-Ctifl n° 150, et ils restent valides car ils décrivent la relation entre population et dégât, pas l’efficacité d’un produit.
| Culture et objectif | Seuil d’intervention | Précision |
|---|---|---|
| Poireau, qualité visuelle du feuillage | 1 thrips par poireau ou moins, soit environ 0,5 thrips par feuille | Dès les premiers thrips, ce qui préserve la quasi-absence de décoloration |
| Poireau, rendement | 4 thrips par feuille | Seuil de réduction de croissance, essais Sileban |
| Oignon, rendement commercial | 3 thrips par feuille | Shelton et al., 1987. Seuil qui diminue quand l’eau manque (Fournier et al., 1995), donc une culture en déficit hydrique décroche plus tôt |
| Piégeage chromatique | 10 thrips par plaque et par jour | Testé à la Fredec Nord-Pas-de-Calais et au Sileban, il maintient bien les populations |
| Pépinière de poireau | Absence totale de thrips à l’arrachage | Au-delà de 1 thrips par poireau à la plantation, il devient très difficile de tenir le seuil ensuite |
Mais ces seuils ont été calibrés à une cadence de traitement hors de portée en bio, donc il faut engager le programme sur le seuil bas, dès la plantation, plutôt que tenter une reprise en août.
Ce que ces seuils valent en bio
Les leviers préventifs
Les principes généraux de la protection biologique intégrée sont dans PBI en maraîchage bio, on ne garde ici que le spécifique thrips sur oignon et poireau.
L’eau, le levier le mieux documenté
L’humidité freine le développement du thrips, on remarque une forte mortalité des thrips sur poireau après des pluies abondantes et des irrigations par aspersion.
Sur la synthèse du CTIFL : le fractionnement des irrigations donne le même résultat que l’utilisation de produit phytosanitaire (essais Sérail). Pour autant les deux leviers sont cumulables, et l’essai le plus abouti associait deux interventions (phyto + aspersion) couplées à trois jours d’intervalle, et ça toutes les trois semaines.
- En plein champ, privilégier l’aspersion sur l’irrigation localisée en période de vol, « faire des aspersions pour noyer les thrips » (BSV Occitanie n° 15), et fractionner en apports plus fréquents et plus courts.
- Sous abri, maintenir l’hygrométrie par des bassinages réguliers (Lettre technique Maraîchage BIO Auvergne n° 109, juillet 2026), en surveillant la bascule vers les maladies fongiques, dont les repères sont dans Guide : gérer l’hygrométrie sous abris.
- Sur oignon de conservation il faut arrêter l’irrigation dès le stade plant couché, pour stopper la croissance végétative, grouper la récolte et améliorer la conservation (APREL, cité par le Bulletin technique Légumes bio de juillet 2026). L’aspersion contre les thrips n’est donc mobilisable que pendant le grossissement du bulbe, où les besoins restent de l’ordre de 1,1 ETP, et après la tombaison il faut passer aux autres leviers.
- Des restrictions d’eau étaient en vigueur en 2026, donc il faut vérifier le bulletin irrigation départemental avant tout programme d’aspersion, et privilégier les passages de début de matinée, qui limitent aussi la température au sol.
Plant sain, paillage, assolement et prophylaxie
- Protéger la pépinière de poireau par un voile insect-proof sur toute sa durée est la mesure la plus rentable, la pépinière valant au mètre carré bien plus que la culture. L’objectif est zéro thrips à l’arrachage, qui tombe souvent en pleine période de vol.
- Les larves de deuxième stade se laissent tomber au sol pour se nymphoser, et les films de paillage blanc, aluminisé ou bleu permettent au mieux de retarder leur installation (Villeneuve et al., 1995), mais sur oignon botte ou poireau primeur ce décalage peut suffire à sécuriser une récolte précoce.
- Détruire et enfouir rapidement les résidus après la récolte, car les thrips y hivernent, jusqu’à 8 cm de profondeur, et nettoyer les charpentes et les recoins des abris.
- Éloigner les parcelles d’Allium successives et ne pas implanter un poireau d’automne à côté d’un oignon en fin de cycle, car les Allium de plein champ servent de réservoir hivernal, et en zone dense il vaut mieux se coordonner entre voisins.
- Repérer les hôtes alternatifs autour de la parcelle, car le thrips est très polyphage, sur luzerne, betterave, choux, tabac, tomate, pomme de terre et de nombreuses ornementales et adventices. La fauche d’une luzerne ou d’une prairie voisine envoie un flux d’adultes vers la culture la plus verte du secteur, donc il faut observer dans les jours qui suivent.
- Une bande fleurie pérenne en bordure de planches favorise Aeolothrips intermedius, un thrips prédateur indigène non commercialisé qui régule bien le ravageur, mais qui ne supporte pas le spinosad.
Les produits utilisables en AB
La substance doit être utilisable en bio, et le produit doit disposer d’une AMM sur le couple culture × ravageur exact, donc un produit autorisé sur tomate contre thrips ne l’est pas sur poireau. Trois produits couvrent l’oignon et le poireau, avec leurs doses, cadences, stades, DAR et ZNT dans le tableau de synthèse, relevés sur E-phy (ANSES) en juillet 2026 et à revérifier auprès de son organisme certificateur.
L’huile essentielle d’orange douce (ESSEN’CIEL, AMM 2090127, 60 g/L) agit strictement par contact, donc il faut un mouillage complet, gaines comprises, ce qui est le point faible sur un poireau développé. Elle n’a aucun effet sur les œufs enfouis ni sur les nymphes au sol, d’où le renouvellement à 7 jours pour couvrir les émergences. Il ne faut pas l’appliquer en floraison ni en présence d’abeilles, donc retirer ou couvrir les ruches et enlever les adventices avant leur floraison. Une phytotoxicité est possible en forte chaleur, donc tester d’abord sur une petite surface, en fin de journée.
Beauveria bassiana souche ATCC 74040 (NATURALIS, AMM 2170437, 23 × 109 UFC/L) est un champignon sensible aux UV et exigeant en hygrométrie, donc il faut l’appliquer en fin de journée avec un volume de bouillie suffisant, et son effet est différé de plusieurs jours. C’est le produit le plus compatible avec un programme préventif répété et avec le bassinage. Mais attention à la souche, car BOTANIGARD 22 WP, à base de la souche GHA (AMM 2170780), a des usages thrips sur d’autres légumes, mais ni oignon ni poireau.
Le spinosad (SUCCESS 4, AMM 2060098, 480 g/L, vendu aussi sous MUSDO 4 et NEXSUBA) est toxique pour les pollinisateurs et pour de nombreux auxiliaires, et il ne faut pas dépasser le maximum d’applications par culture, tous ravageurs confondus. Avec 2 applications autorisées et une résistance documentée chez le thrips, il sert au rattrapage sur un pic de vol confirmé au piégeage, pas de base à un programme. Son emploi en AB est conditionné à un besoin reconnu par l’organisme de contrôle et à des mesures contre la résistance et pour les principaux parasitoïdes. Et il ne faut pas le confondre avec le spinétoram, ce dérivé semi-synthétique au nom voisin qui n’est pas utilisable en AB, donc il faut vérifier la substance sur l’étiquette et pas seulement la famille.
Synthèse des produits
| Produit | Cultures et statut AB | Dose et cadence | Stades, DAR et ZNT |
|---|---|---|---|
| Huile essentielle d’orange douce (ESSEN’CIEL, AMM 2090127) | Oignon et poireau, utilisable en AB | Oignon 3,2 L/ha et poireau 6,4 L/ha, 6 applications maximum, intervalle minimum 7 jours | BBCH 12 à 49, DAR 1 jour, ZNT aquatique 5 m, également autorisé sous abri |
| Beauveria bassiana ATCC 74040 (NATURALIS, AMM 2170437) | Oignon et poireau, utilisable en AB | 1,5 L/ha, 10 applications maximum, intervalle minimum 5 jours | BBCH 11 à 89, DAR 3 jours sur oignon et 1 jour sur poireau, ZNT aquatique 5 m |
| Spinosad (SUCCESS 4, AMM 2060098, aussi MUSDO 4 et NEXSUBA) | Oignon et poireau, utilisable en AB sous conditions | 0,2 L/ha, 2 applications maximum, intervalle minimum 8 jours sur oignon et 9 jours sur poireau | DAR 7 jours, ZNT aquatique 20 m |
Sources
- Bulletin de santé du végétal Maraîchage, édition Languedoc-Roussillon n° 15 du 29 juillet 2026 — Chambre régionale d’agriculture d’Occitanie, CENTREX, SUDEXPE.
- Bulletin technique Légumes bio n° 5, juillet 2026 — Chambres d’agriculture d’Occitanie (Ariège, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Lot, Tarn, Tarn-et-Garonne).
- Lettre technique Maraîchage BIO Auvergne n° 109, juillet 2026 — AuRA Bio.
- VILLENEUVE F., THICOÏPÉ J.-P., LEGRAND M., BOSC J.-P., 1999 — Le thrips du poireau : comment raisonner les interventions ? Quelles stratégies ? Infos-Ctifl n° 150, avril 1999, p. 44-49 — source des seuils, du dispositif de piégeage et des résultats irrigation. Cette publication cite elle-même Edelson et Magaro (1988), Sites et Chambers (1990), Shelton et al. (1987) et Fournier et al. (1995).
- Ephytia — INRAe, VigiJardin : Thrips du poireau, biologie — durée du cycle, nombre de générations, périodes de vol, effet de l’aspersion.
- Ephytia — INRAe, VigiJardin : Thrips du poireau, méthode et fiche d’observation.
- Ephytia — INRAe, VigiJardin : Thrips du poireau, carte d’identité.
- Ephytia — INRAe, HYPP : Thrips tabaci — morphologie, plantes hôtes, Aeolothrips intermedius.
- Ephytia — INRAe, Salades : Thrips — stades de développement, hivernage jusqu’à 8 cm, mode de nutrition.
- E-phy ANSES — ESSEN’CIEL, AMM 2090127 (huile essentielle d’orange 60 g/L).
- E-phy ANSES — NATURALIS, AMM 2170437 (Beauveria bassiana ATCC 74040).
- E-phy ANSES — BOTANIGARD 22 WP, AMM 2170780 (Beauveria bassiana GHA).
- E-phy ANSES — SUCCESS 4, AMM 2060098 (spinosad 480 g/L).
- E-phy ANSES — NEEMAZAL T/S (azadirachtine A).
- E-phy ANSES — FLIPPER (sels de potassium d’acides gras).
- E-phy ANSES — ERADICOAT (maltodextrine).
- E-phy ANSES — PYREVERT, AMM 2080038 (pyréthrines).
- Agence Bio — textes réglementaires, dont le règlement d’exécution (UE) 2021/1165 et son annexe II.
- GRAB, APREL, Chambre d’agriculture de Vaucluse — Guide des produits phytosanitaires utilisables en maraîchage biologique.
- Koppert — Entonem (Steinernema feltiae), fiche technique — doses d’application et conditions de température, d’hygrométrie et de buses.
- Koppert — Thripex (Neoseiulus cucumeris), fiche technique — taux d’introduction et plage d’activité.
- Koppert — Swirski-Mite (Amblyseius swirskii), fiche technique — taux d’introduction et plage d’activité.
- Ressources APABA citées : PBI en maraîchage bio et Guide : gérer l’hygrométrie sous abris.
Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.
