Fonds de réarmement agricole : demander l’aide sécheresse avant le 12 octobre

Après la canicule et la sécheresse du printemps et de l’été 2026, les exploitations de l’Aveyron ont jusqu’au lundi 12 octobre 2026 pour déposer leur demande d’aide de trésorerie au titre du fonds de réarmement agricole. Il s’agit d’un fonds d’urgence de 235 millions d’euros piloté par les préfets, dont l’enveloppe pour l’Aveyron est d’un peu plus de 2 millions d’euros. Les maraîchers étaient jusqu’ici les grands oubliés des aides sécheresse, et c’est la Confédération paysanne qui a obtenu qu’ils puissent en bénéficier.

Une aide forfaitaire sans justificatif de pertes

L’aide est forfaitaire et versée sur la base du règlement de minimis agricole. Elle vise les exploitations les plus fragilisées, avec une attention particulière pour les agriculteurs récemment installés. Chaque département fixe ses forfaits dans la limite de 10 000 € par exploitation, et les premiers versements sont prévus dès octobre.

Le montant n’est pas encore officiel. D’après les premiers retours de maraîchers qui ont déposé leur demande, il serait de l’ordre de 2 000 € par ferme, avec une réponse environ une semaine après le dépôt. Cela reste une indication et pas un barème.

Conditions :

Voici un mail de la DDT qui donne les catégories prioritaires :

En complément de ces dispositifs, le fonds de réarmement agricole a vocation à accompagner en priorité les exploitations présentant les situations de fragilité les plus importantes, dans une logique de soutien ciblé.

Trois catégories prioritaires ont été principalement identifiées :

  • les jeunes agriculteurs bénéficiaires de la DJA, installés à titre individuel depuis 2023, ainsi que ceux installés sous forme sociétaire en 2026,
  • les agriculteurs confrontés à des difficultés économiques ou sociales, identifiés au travers des dispositifs d’accompagnement existants ou de situations déjà connues,
  • les exploitations maraîchères ayant demandé l’aide au maraîchage dans le cadre de la PAC 2026.
Si le mail de la DDT est arrivé, déposer la demande avant le lundi 12 octobre

Le lien vers le formulaire se trouve dans le mail récemment envoyé par la DDT, intitulé « Plan de réarmement agricole – formulaire de demande d’aide – démarches simplifiées ». Le formulaire se remplit en grande partie sur impots.gouv, avec ses identifiants habituels, et il est assez simple à remplir.

Aucun document comptable ni justificatif de pertes n’est demandé. La seule pièce à joindre est une attestation sur l’honneur relative aux aides de minimis, à déposer dans le formulaire sur impots.gouv. L’attestation à remplir tient sur une seule page (annexe 1), téléchargeable avec le bouton ci-dessous. Dans la partie A, il faut indiquer les aides de minimis agricole reçues au cours des 36 derniers mois, par exemple le crédit d’impôt bio, le crédit d’impôt remplacement, les aides GNR ou une prise en charge de cotisations MSA. En cas de doute, le comptable ou le centre de gestion a la liste. Les parties B et C restent vides, et il reste à cocher les cases et à signer.

En GAEC total, chaque associé remplit sa propre attestation. L’annexe 1 bis (pages 4 et 5 du modèle officiel) ne concerne que les fermes qui ont reçu d’autres aides de minimis, par exemple pour une activité de transformation ou de vente aidée.

Télécharger l’attestation de minimis

Sans mail de la DDT, la contacter rapidement

Si le mail n’est pas arrivé, il faut appeler la DDT de l’Aveyron au 05.65.73.50.00 ou écrire à ddt-criseagricole@aveyron.gouv.fr, car la date limite est proche.

L’indemnité de solidarité nationale reste une démarche distincte

L’indemnité de solidarité nationale (ISN) couvre les pertes de récolte non assurées, sur signalement à la DDT. Elle se demande à part, et le préfet tient compte des indemnités déjà versées (ISN, assurance récolte) pour fixer l’aide du fonds. La démarche est expliquée dans l’article Pertes de récolte après un aléa climatique : qui contacter et dans quel délai, et l’outil ISN de l’APABA calcule le taux de perte et édite le formulaire de signalement.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Semer un engrais vert d’automne

Fin septembre 2026 arrive après un été particulièrement sec en Aveyron, ce qui retarde la levée d’un engrais vert semé sur un sol resté sec en profondeur. Semer est justifié presque partout car un sol nu tout l’hiver perd de l’azote par lessivage et se tasse sous les pluies, mais il faut d’abord vérifier que le profil est réhumidifié avant de passer le semoir, sans quoi la levée traîne et les adventices prennent l’avance. Le choix du mélange dépend ensuite surtout de la date de plantation prévue au printemps, car une parcelle qui doit repartir tôt, sous abri ou en plein champ, gagne à recevoir un couvert qui libère la place plus vite.

Le choix du mélange dépend de la date de plantation prévue au printemps

La plupart du temps, en Aveyron, le mélange qui a fait ses preuves associe une graminée et une légumineuse, avoine (ou triticale, ou seigle) à 80 kg/ha avec vesce (ou féverole) à 20 kg/ha. La graminée structure le sol en profondeur grâce à son système racinaire, et la légumineuse restitue de l’azote à la culture suivante.

Vesce velue en fleur, grappes de fleurs violettes
Vesce velue en fleur, la légumineuse du mélange.
Photo : AnRo0002, Wikimedia Commons, CC0
Champ de seigle épié à la fin du printemps
Champ de seigle épié, le stade où se récoltent les CIVE.
Photo : Johann Jaritz, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le semis se fait jusqu’au 15 octobre, sur un lit de semences fin et tassé au rouleau juste après. Par contre, quand la parcelle doit être libérée tôt au printemps pour une plantation précoce, choisir un seigle à épiaison rapide plutôt qu’une avoine ou un seigle classique avance la date de destruction, ce qui compte pour préparer le sol et planter à temps.

Mélange Dose Semis jusqu’au Destruction
Avoine (ou triticale) + vesce (ou féverole) 80 kg/ha + 20 kg/ha 15 octobre 1 mois avant plantation, épiaison courant mai
Seigle fourrager classique + vesce 80 kg/ha + 20 kg/ha 15 octobre 1 mois avant plantation, épiaison fin avril-mai
Seigle à épiaison précoce (type Protector) + vesce 80 kg/ha + 20 kg/ha 15 octobre épie avant un seigle classique, donc destructible plus tôt
Le sol sec de cet été retarde la levée, pas la date limite de semis

L’été 2026 a été très sec en Aveyron, et un sol resté sec en profondeur début octobre ne fait pas lever un engrais vert correctement, même semé avant le 15 octobre retenu par le bulletin technique bio. Il faut donc attendre une pluie qui humidifie le profil avant de semer, quitte à repousser de quelques jours par rapport à une année normale, plutôt que de semer sur un sol sec en pariant sur une pluie à venir. Un roulage juste après le semis referme le lit de semences et limite la perte d’humidité en surface, ce qui aide la levée si la pluie se fait attendre.

Le seigle à épiaison précoce, conçu pour les méthaniseurs, avance aussi le calendrier maraîcher

Les seigles fourragers à épiaison précoce ont été sélectionnés pour les cultures intermédiaires à vocation énergétique, les CIVE, qui alimentent les méthaniseurs agricoles. La biomasse s’y récolte au stade épiaison, donc plus une variété épie tôt, plus elle libère le champ tôt pour la culture suivante et plus le méthaniseur reçoit sa matière première tôt dans la saison. Un seigle fourrager classique épie déjà plus tôt qu’un seigle grain, mais des variétés comme Protector ou Powergreen vont plus loin et sont sélectionnées pour une épiaison encore plus rapide au printemps. En maraîchage, cette précocité se traduit par une destruction possible plus tôt qu’avec un seigle fourrager classique, ce qui laisse davantage de temps pour préparer le sol avant une plantation de printemps.

Ces variétés sont parfois proposées en semences biologiques par les fournisseurs de couverts végétaux, mais l’offre change d’une année à l’autre car ce sont des références moins courantes qu’un seigle fourrager classique. Il faut donc vérifier sur semences-plants-biologiques.org avant de commander, et demander une dérogation si la variété n’y figure pas.

Le point réglementaire sur les semences de couverts
Le règlement bio impose l’usage de semences biologiques dès que l’espèce et la variété en disposent en quantité suffisante. Le site officiel semences-plants-biologiques.org publie le statut par espèce, et une variété réellement absente de l’offre bio ouvre droit à une dérogation auprès de l’organisme certificateur pour semer une semence conventionnelle non traitée. Pour un engrais vert, la démarche se fait en ligne avant le semis.

Pour une variété peu courante ou vendue par gros conditionnements, l’APABA peut organiser un achat groupé de semences de couvert si plusieurs producteurs sont intéressés par le même mélange. Prendre contact avec Clotaire, technicien maraîchage de l’APABA, à tech.legumes@aveyron-bio.fr ou au 07 63 17 11 03, pour organiser la commande.

La destruction se prépare un mois avant la plantation

Détruire l’engrais vert 1 mois avant la plantation suivante reste la référence en maraîchage bio, le temps que la matière verte se décompose sans priver la culture suivante d’azote. Il faut broyer avant la montée à graines, laisser sécher quelques jours en surface, puis incorporer superficiellement à 10 cm de profondeur au déchaumeur à disques ou en cover crop, car un enfouissement plus profond ralentit la décomposition et peut créer une faim d’azote sur la culture qui suit. Un broyage trop précoce, avant le stade épiaison, réduit la biomasse produite, ce qui compte particulièrement pour un seigle précoce semé justement pour gagner du temps sans perdre en volume.

Le seigle libère aussi, en se décomposant, des composés qui freinent la levée de nombreuses adventices, un effet documenté de longue date par le GRAB. Ce même mécanisme incite à la prudence pour une planche destinée à un semis direct de petites graines comme la carotte ou la salade, car il vaut mieux garder le délai d’un mois entre destruction et implantation sur ce type de planche plutôt que de le réduire.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Chenille de teigne du poireau dans une feuille de poireau ouverte

La teigne du poireau

Les poireaux plantés au printemps sont maintenant bien développés, et c’est en cette fin septembre que la teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) commence à inquiéter le réseau régional. Le bulletin de santé du végétal Midi-Pyrénées n° 12 du 3 septembre ne signalait encore aucune capture sur les pièges à phéromones installés depuis le 1er juillet en Haute-Garonne, dans le Gers et dans les Hautes-Pyrénées, mais déjà des dégâts sous filet dans le Tarn. Le bulletin technique Légumes bio de septembre, qui couvre l’Aveyron, confirme la progression avec les premières captures en Hautes-Pyrénées et des dégâts avérés dans le Tarn, toujours rien en Haute-Garonne. Aucun signalement ne concerne directement l’Aveyron pour l’instant, mais le réseau demande de rester vigilant jusqu’à fin octobre, car la pression peut monter vite une fois le vol lancé.

Des feuilles trouées jusqu’au cœur, avec un risque de pourriture

La chenille de la teigne du poireau mesure environ 10 à 12 mm de long, avec la tête, le thorax et les pattes jaunes, et elle quitte rapidement la mine de la feuille pour s’enfoncer entre les feuilles centrales du poireau. L’adulte est un petit papillon gris-brun d’environ 16 à 18 mm d’envergure, avec deux taches blanches au bord de chaque aile antérieure, mais il vole surtout de nuit donc on le voit rarement au champ.

Chenille de teigne du poireau dans une feuille de poireau ouverte
Chenille de teigne dans une feuille de poireau.
Source : Ephytia, INRAE
Papillon adulte de la teigne du poireau, gris-brun avec des taches blanches sur les ailes
Papillon adulte, avec les taches blanches au bord des ailes.
Source : Ephytia, INRAE

Les dégâts se reconnaissent aux feuilles jaunies et tachées de brun, et surtout aux feuilles centrales trouées ou fendues dans le sens de la longueur, là où la chenille a creusé son passage. Une feuille attaquée par la teigne du poireau peut ensuite pourrir, car les perforations ouvrent la porte à des infections secondaires, contrairement aux galeries de la mouche mineuse du poireau qui restent propres. La mouche mineuse du poireau détaille cette confusion et les autres symptômes proches sur poireau. Une attaque forte réduit la partie verte consommable et abîme l’aspect du poireau, donc il faut trier davantage au conditionnement et écarter les fûts déjà touchés.

Poireau attaqué par la teigne : feuilles trouées et abîmées au cœur de la plante
Poireau attaqué par la teigne, feuilles abîmées au cœur.
Source : Ephytia, INRAE
Un vol qui se poursuit jusqu’à fin octobre

La teigne du poireau réalise deux à trois générations par an entre avril et octobre, et les adultes passent l’hiver dans les débris végétaux avant de redémarrer au printemps suivant. Le vol qui inquiète le réseau en ce moment est donc l’un des derniers de la saison, et il peut se prolonger tard en automne selon les secteurs.

Poser un piège à phéromones dans la parcelle permet de suivre précisément le début de ce vol, comme le fait le réseau BSV depuis le 1er juillet sur ses parcelles de référence. Il faut sinon observer les poireaux une à deux fois par semaine jusqu’à fin octobre, en cherchant les premières feuilles trouées plutôt que les papillons eux-mêmes. Intervenir dès le tout début du vol donne une bien meilleure maîtrise de la pression que d’attendre les premiers dégâts visibles, car les chenilles déjà installées dans le cœur du poireau échappent à tout traitement.

Les moyens de lutte utilisables en bio
Le Bacillus thuringiensis, à positionner sur les jeunes chenilles

Le Bacillus thuringiensis agit seulement par ingestion sur les jeunes chenilles qui se nourrissent encore en surface, donc il faut traiter dès les premiers signes de vol et avant que les chenilles ne s’enfoncent dans le cœur du poireau, où plus aucun produit ne les atteint. Le bulletin technique de septembre cite DIPEL DF (AMM 2010513, Bacillus thuringiensis subsp. kurstaki ABTS-351) en exemple, avec une dose homologuée sur poireau de 1 kg/ha et un maximum de 8 applications par saison à raison de 3 par génération, avec une zone non traitée de 5 m le long des points d’eau et sans délai avant récolte particulier. D’autres produits à base de Bacillus thuringiensis existent pour ce même usage, à vérifier auprès de son organisme certificateur.

Le spinosad autorisé sur poireau ne vise que le thrips

Le spinosad (SUCCESS 4, AMM 2060098, aussi vendu sous MUSDO 4 et NEXSUBA) est utilisable en bio sous conditions et homologué sur poireau, mais son seul usage autorisé sur cette culture cible le thrips, pas la teigne du poireau ni aucune autre chenille. Utiliser ce produit contre la teigne sortirait de son autorisation de mise sur le marché, même si le spinosad vise bien des chenilles sur d’autres cultures comme le chou. Il faut donc vérifier l’usage exact sur l’étiquette avant tout achat, et pas seulement la substance active.

Le filet retarde l’installation, mais pas toujours sur une parcelle déjà touchée

Le filet anti-insectes posé sur arceaux protège aussi contre la teigne du poireau quand il est fermé avant le début du vol, avec la même maille que celle détaillée dans l’article consacré à la mouche mineuse du poireau. Le bulletin technique de septembre signale pourtant des dégâts de teigne sous filet dans le Tarn, donc la pose seule ne suffit pas toujours quand le papillon était déjà présent sur la parcelle avant la fermeture. Il faut vérifier l’absence de feuille trouée avant de fermer un filet, plutôt que de l’installer sur une parcelle déjà touchée.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Chenille de piéride du chou, jaune et noire, sur une feuille de chou

Les chenilles sur les choux d’automne

C’est de septembre à octobre que les chenilles attaquent les choux d’automne plantés en juillet-août. Le risque principal vient de la deuxième génération de noctuelle du chou, dont les larves se développent d’août à octobre. En agriculture biologique, le seul levier direct est le Bacillus thuringiensis, à appliquer dès qu’on voit des pontes ou de jeunes chenilles, en complément du filet posé dès la plantation.
Le risque d’automne vient surtout de la deuxième génération de noctuelle

Sur les choux plantés en juillet-août (chou pommé, brocoli, chou-fleur, chou de Bruxelles), quatre chenilles défoliatrices se succèdent jusqu’aux premières gelées : la piéride du chou (Pieris brassicae), la piéride de la rave (Pieris rapae), la noctuelle du chou (Mamestra brassicae) et la teigne des crucifères (Plutella xylostella). La noctuelle du chou fait deux à trois générations par an. Les papillons de la deuxième génération volent de juillet à septembre, et leurs larves se développent d’août à octobre, c’est-à-dire pendant toute la culture des choux d’automne (Ephytia, INRAE). La teigne des crucifères, espèce migratrice à 3-6 générations par an, est présente sur les parcelles de juin à fin septembre ; par temps chaud et sec, elle boucle un cycle complet en 25 jours (FREDON, fiche Ecopad). Sous abri, ce cycle plus rapide et le fait que la pluie ne lessive pas les traitements augmentent la pression par rapport au plein champ.

On reconnaît mieux les chenilles à la ponte et au comportement qu’à la couleur
Ravageur Chenille Ponte Générations/an Développement larvaire
Piéride du chou Jaune et noir, poilue, grégaire par groupes de 10 à 20 Plaques d’œufs jaune clair, bien visibles 2 à 3 3 à 4 semaines
Piéride de la rave Verte unie, solitaire Œufs isolés 2 3 semaines à 1 mois
Noctuelle du chou Verte à brune selon le stade, grégaire puis solitaire Plaques de 20 à 100 œufs 2 à 3 Environ 2 mois
Teigne des crucifères Verte, très mobile, se laisse tomber si dérangée Œufs isolés de 0,4 mm, peu visibles 3 à 6 25 jours par temps chaud et sec
Ponte de piéride du chou : plaques d'œufs jaune clair sur une feuille de chou
Ponte de piéride du chou, en plaques jaunes bien visibles.
Source : Ephytia, INRAE
Chenille de piéride du chou, jaune et noire, sur une feuille de chou
Chenille de piéride du chou, jaune et noire.
Source : Ephytia, INRAE

Les piérides mangent le limbe en groupe et ne laissent que les nervures en quelques jours. À son dernier stade larvaire, la teigne perce le limbe de petits trous ronds, ce qui donne un aspect de dentelle caractéristique. La noctuelle du chou souille les pommes avec ses excréments, ce qui rend la récolte invendable même sans défoliation importante (FREDON, fiche Ecopad).

Ponte de noctuelle du chou : plaque d'œufs sur la face d'une feuille
Ponte de noctuelle du chou, à chercher sous les feuilles.
Source : Ephytia, INRAE
Chenille de noctuelle du chou enroulée dans la pomme, avec ses excréments
Chenille de noctuelle dans la pomme, avec ses excréments.
Source : Ephytia, INRAE
C’est l’observation qui décide du traitement, il n’existe pas de seuil chiffré

Le piégeage à phéromone suit les vols de teigne et de noctuelle, mais aucune corrélation n’a été établie entre le nombre de captures et les dégâts observés sur la culture : il n’existe donc pas de seuil de nuisibilité basé sur le comptage des papillons (FREDON, fiche Ecopad). Il est conseillé de traiter dès que l’on voit des pontes, de jeunes chenilles ou les premiers dégâts, sans attendre que l’attaque se généralise (GRAB, RefBio PACA, 2022). Une observation hebdomadaire de la face inférieure des feuilles, où se trouvent pontes et jeunes chenilles, est le seul moyen fiable de repérer la teigne et la noctuelle, dont les œufs sont peu visibles.

Le filet anti-insectes posé dès la plantation reste le levier préventif le plus efficace contre les quatre espèces. Le choix de la maille et la pose sont détaillés dans Protection anti-insectes.

Le Bacillus thuringiensis n’est efficace que sur les jeunes chenilles

Deux substances sont homologuées contre les chenilles du chou en agriculture biologique : le Bacillus thuringiensis (Bt) et le spinosad (GRAB, RefBio PACA, 2022). Le Bt agit par ingestion, uniquement sur les jeunes chenilles ; il est sans effet sur les œufs et perd en efficacité sur les chenilles âgées, d’où l’intérêt de traiter tôt. Sur chou, les spécialités à base de Bt kurstaki (Dipel DF, Delfin) et de Bt aizawai (Xentari) sont utilisées à 1 kg/ha. Delfin et Xentari sont soumis à un délai avant récolte (DAR) de 3 jours, Dipel DF n’en a pas, et les trois imposent une zone non traitée (ZNT) de 5 mètres. Dipel DF et Xentari sont autorisés pour 8 applications au maximum par an, dont 3 au plus par génération de ravageur ; Delfin est limité à 6 applications, avec un intervalle minimal de 7 jours entre deux traitements (e-phy, ANSES). Le nombre d’applications et le DAR exacts sont à revérifier sur la fiche produit avant tout achat, car l’homologation peut évoluer.

Le Bt est dégradé par les ultraviolets, il faut donc pulvériser le soir. Il faut aussi bien mouiller le dessous des feuilles, où se tiennent les jeunes chenilles (GRAB, RefBio PACA, 2022). Il est recommandé de renouveler le traitement tous les 7 à 14 jours en période d’éclosion, et systématiquement après une pluie supérieure à 20 mm. Le Bt ne se mélange jamais avec un produit à base de cuivre.

Le spinosad (Success 4, 0,2 l/ha, DAR 3 jours) est plus efficace que le Bt, mais il est toxique pour les auxiliaires et les pollinisateurs ; il ne s’emploie que si le Bt n’a pas suffi, à raison de deux applications au maximum par cycle de culture (GRAB, RefBio PACA, 2022). Le spinosad, autorisé en bio sous ces conditions, ne doit pas être confondu avec le spinétoram, une molécule au nom proche mais non autorisée en agriculture biologique.

En pratique

  • Observer chaque semaine le dessous des feuilles dès la plantation : pontes, jeunes chenilles, premiers trous.
  • Traiter au Bt dès qu’on voit une ponte ou de jeunes chenilles, sans attendre un seuil chiffré.
  • 1 kg/ha, le soir, en mouillant bien le dessous des feuilles.
  • Renouveler tous les 7 à 14 jours en période d’éclosion, et après toute pluie supérieure à 20 mm.
  • Ne jamais mélanger le Bt avec un produit cuprique. Delfin et Xentari : 3 jours entre le dernier traitement et la récolte ; Dipel DF : pas de délai. ZNT de 5 m pour les trois.
  • Poser le filet anti-insectes dès la plantation en prévention : voir Protection anti-insectes.
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Clip Qlipr maintenant une tige de tomate contre la tige métallique

Palisser tomates et concombres sans escabeau : retour sur le système Qlipr

Palisser tomates, concombres et même haricots les deux pieds au sol, sans escabeau, toute la saison : c’est ce que permet le système de crochets et de clips Qlipr, vu en culture lors de la rencontre technique du 21 septembre 2026 à la Ferme les Essards (Andillac, Tarn).

Le 21 septembre 2026, l’APABA et la Chambre d’agriculture du Tarn ont organisé une rencontre technique à la Ferme les Essards, la ferme maraîchère biologique de Solène et Romain à Andillac. Au programme : la méthode de tuteurage des tomates et des concombres sous abri avec le système Qlipr, fabriqué par Pellikaan aux Pays-Bas.

En vidéo

Le principe

Le système se compose de trois éléments :

  • une tige métallique (le crochet, appelé PlanthooQ) qui s’accroche au fil de culture et pend vers le bas ;
  • deux clips en inox par tige (Qlipr), garnis d’une mousse (ProteQ) qui protège la tige du plant ;
  • le fil de culture déjà en place dans l’abri.

Le plant est pincé contre la tige métallique par deux clips. Quand il a poussé d’une cinquantaine de centimètres, les deux clips échangent leur place : le clip du haut coulisse le long de la tige jusqu’en bas, contre la butée, à la place de l’ancien ; le clip qui était en bas vient alors pincer le plant plus haut, au-dessus.

Cette manipulation permet aussi de décaler les plants pour gagner de la longueur. Sur une saison, un plant de tomate peut atteindre 5 m de long, alors que le fil de culture n’est qu’à 2 ou 3 m de haut. Il faut donc faire descendre la tête régulièrement pour qu’elle reste à portée de main. Avec ce système, c’est simple : au moment de palisser, on prend la tige métallique à la main et on la fait glisser le long du fil de culture, toujours du même côté. Le plant se retrouve en travers : sa tête n’est plus au-dessus de son pied mais décalée sur le côté. Toute la longueur du plant ne tient alors plus que par les deux clips sur la tige métallique. Le petit bourrelet au bas de la tige sert de butée : il empêche le clip de glisser et de tomber.

Une piste pour les concombres. Sur certaines fermes, le concombre est conduit autrement : la tige principale est effeuillée par le bas et reste enroulée au même endroit, pendant que la tête descend au fur et à mesure de la saison. Ce mode de conduite se mettrait en place très facilement avec cet outillage : l’échange des deux clips tout au long de la saison, associé à un effeuillage régulier, donnerait un système très rapide à conduire.

Toutes ces manipulations se font à hauteur d’homme, sans escabeau.

Une piste d’amélioration pour les tomates : soutenir les lianes

En décalant les plants, la partie basse des lianes finit par reposer au sol. Un support de lianes (des arceaux métalliques posés le long du rang) les maintiendrait au-dessus du sol. La culture serait mieux ventilée, et les bouquets ne toucheraient plus le sol lors des blocages de culture, comme cet été.

Exemples de supports : arceaux Reag Tools.

Arceaux de support maintenant les lianes de tomates au-dessus du sol
Photo : Neversink Tools
En début de saison, une ficelle reste nécessaire

Tant que le plant n’a pas atteint le bas de la tige métallique, il faut le palisser sur une ficelle classique. Le système Qlipr prend le relais ensuite. Pour les tomates, cette ficelle peut rester en place plusieurs années ou être enlevée à chaque fin de culture. Pour les concombres, la ferme utilise une ficelle biodégradable en sisal : en fin de culture, elle part avec les déchets de culture, sans tri.

La mise en place est très simple : on accroche une tige au-dessus de chaque plant, et c’est tout. À la Ferme les Essards, ce sont même des stagiaires qui s’en chargent, et cela va très vite.

Bien choisir la longueur des tiges

Les tiges existent en 80, 100, 120, 140, 160 et 180 cm. La longueur se choisit en fonction de la hauteur du fil de culture : l’idéal est que le bas de la tige arrive à environ 1 m au-dessus du sol.

Longueur de tige ≈ hauteur du fil de culture − 1 m.

  • À la Ferme les Essards, les tiges mesurent 1,80 m et leur bas arrive à peu près à 1 m du sol.
  • Dans un abri bas, avec un fil de culture à 1,80 m, on prendra plutôt des tiges de 80 cm.
Ce que nous avons vu sur la ferme

Les avantages

  • Palissage et décalage des têtes sans escabeau, en restant au sol.
  • Le palissage reste facile même quand on a pris du retard.
  • L’ébourgeonnage (retrait des gourmands) se fait facilement.
  • Fonctionne sur tomates, concombres et même haricots. Pour les haricots, pas besoin de clip : la plante suit directement la tige.
  • Matériel réutilisable d’une saison à l’autre ; aucune ficelle plastique à jeter en fin de culture.

L’inconvénient

  • Le coût d’achat (voir le chiffrage ci-dessous). En contrepartie, le travail de palissage est beaucoup plus rapide. La ferme n’a pas de chiffres précis sur le temps gagné, mais elle est très satisfaite du système.
Entretien : prévoir des mousses de rechange

La ferme utilise toujours les mousses d’origine, en place depuis son installation il y a 6 ans. Avec le temps, elles gardent la forme de la tige et finissent par ne plus serrer assez les tiges les plus fines : la ferme conseille de les changer au bout de 2 à 3 ans et d’en avoir quelques-unes d’avance. Elles se vendent seules sur la boutique Pellikaan (ProteQ 140 : 4 € les 50, 35 € les 500).

Côté sanitaire, la ferme n’a relevé aucun foyer de maladie lié aux mousses, même si elles gardent l’humidité. Elle ne les désinfecte pas et n’a pas eu de problème particulier.

Combien ça coûte ? Exemple pour 100 m²

Base de calcul : une densité de 2,25 têtes par m² (450 têtes pour 200 m² d’abri), soit 225 têtes pour 100 m². On compte bien par tête et non par plant : chez Solène et Romain, les tomates sont conduites à 2 têtes. Il faut une tige par tête et deux clips par tige, donc 225 tiges et 450 clips.

Pour 100 m² (225 têtes) Tiges de 80 cm Tiges de 180 cm
Tiges PlanthooQ (1 carton de 250) 90,00 € 132,50 €
Clips Qlipr avec mousse (2 lots de 250, soit 500 clips) 240,00 € 240,00 €
Total 330,00 € 372,50 €
Soit par m² 3,30 € 3,73 €
Soit par tête 1,47 € 1,66 €

Prix relevés le 21 septembre 2026 sur la boutique en ligne de Pellikaan, frais de port non compris. Le site ne précise pas si la TVA est incluse : à vérifier au moment de la commande.

Pour adapter à votre surface, il suffit de faire une règle de trois. Les cartons de 250 laissent quelques pièces de rechange. Au-delà, les grands conditionnements reviennent moins cher : pour 200 m² (450 têtes, 900 clips), le lot de 1 000 clips coûte 450 € au lieu de 480 € pour quatre lots de 250.

Les clips sont annoncés pour durer une dizaine d’années. Sur cette durée, le système revient à environ 33 à 37 € par an pour 100 m² (330 à 372,50 € divisés par 10 ans).

Et le temps de travail ?

La ferme visitée n’a pas mesuré le temps gagné. Deux repères trouvés ailleurs :

  • le fabricant annonce environ 20 % de main-d’œuvre en moins sur le tuteurage (fiche produit Pellikaan). C’est un chiffre du fabricant, pas une mesure indépendante ;
  • aux États-Unis, un maraîcher qui a testé le système estime qu’il peut faire gagner à sa ferme plus de 20 heures de travail par rapport à son ancien palissage, en supprimant aussi l’échelle pour accrocher les crochets (High Mowing Organic Seeds).

Plus de photos dans la galerie en bas de page.

Vu également sur la ferme
  • Tapis anti-fatigue
    Photo : Amazon

    Un tapis anti-fatigue, utilisé sur les marchés pour éviter les douleurs dues au piétinement. Il isole aussi du froid lors des marchés d’hiver.

  • Tuyau microperforé Sumi Soaker
    Photo : Terrateck

    Un tuyau « Sumi Soaker » (Sumisansui) : un tuyau microperforé qui arrose par aspersion. Facile à mettre en place, il arrose 4 planches de culture d’un coup (en système Fortier). Voir le tuyau Sumi Soaker chez Terrateck (rouleau de 100 m, 10 m de couverture).

Pour aller plus loin

Restrictions sécheresse en maraîchage : les réponses de la DDT de l’Aveyron

« Dans les zones sans tours d’eau, le maraîchage hors cultures de plein champ bénéficie en crise du régime de l’alerte renforcée : le pompage est interdit de 8 h à 20 h. Il est donc possible d’irriguer de 20 h à 8 h. […] Il ne s’agit pas d’une dérogation individuelle à demander au moment du passage en crise : l’arrêté du 25 juin 2026 constitue lui-même une dérogation collective pour les catégories de cultures qu’il énumère. »Cyrielle Puech, unité gouvernance et police de l’eau, DDT de l’Aveyron (réponse écrite du 10 septembre 2026)

Lire la réponse complète de la DDT

Face à des informations contradictoires entre producteurs, l’APABA a interrogé la direction départementale des territoires (DDT) de l’Aveyron début septembre 2026. La DDT a répondu par écrit le 10 septembre 2026 et a joint les deux arrêtés préfectoraux du 25 juin 2026.

En crise, le maraîchage garde un créneau d’arrosage sans demande à faire

L’arrêté du 25 juin 2026 sur les dérogations pour l’irrigation classe le maraîchage hors plein champ parmi les cultures spéciales (liste complète dans « Les termes employés par la DDT », en fin d’article). Pour ces cultures, la DDT applique au niveau crise les mesures du niveau alerte renforcée : le pompage n’est donc pas totalement interdit. Cette dérogation est collective : elle ne suppose aucune demande individuelle au passage en crise.

Hors tour d’eau, le pompage est interdit de 8 h à 20 h en crise ; il est donc possible d’irriguer de 20 h à 8 h. Dans les neuf zones à tour d’eau, un maraîcher intégré irrigue les jours attribués par le calendrier de son exploitation, et le pompage y est interdit de 12 h à 18 h.

« Compte tenu […] du besoin quotidien d’arrosage des cultures maraichères, les tours d’eau sont établis, dans la mesure du possible, en laissant une irrigation quotidienne pour les maraîchers. »Cyrielle Puech, unité gouvernance et police de l’eau, DDT de l’Aveyron (réponse écrite du 10 septembre 2026)
Situation Alerte Alerte renforcée Crise
Intégré à un tour d’eau Jours du calendrier, 14 h-18 h interdit Jours du calendrier, 12 h-18 h interdit Comme en alerte renforcée
Zone sans tour d’eau Règle hebdomadaire (VigiEau) Règle hebdomadaire (VigiEau) 8 h-20 h interdit, arrosage 20 h-8 h

La DDT n’a pas défini le « hors plein champ » : en cas de doute sur une parcelle, il convient de demander confirmation à la DDT.

Les jeunes plants en mottes produits sur l’exploitation relèvent du maraîchage : ils bénéficient donc de la même dérogation, sans être rattachés à la pépinière. Une dérogation individuelle exceptionnelle est par ailleurs possible en cas de risque économique grave, si la demande est formalisée et justifiée auprès de la DDT.

Le tour d’eau ne couvre que les irrigants inscrits au plan annuel de répartition

Les neuf zones de tours d’eau couvrent les sous-bassins du Lot, de l’Aveyron et du Tarn. Huit sont classées bassins sensibles : sur ces zones, le niveau alerte s’applique par défaut à tous les irrigants inscrits pendant tout l’étiage, du 1er juin au 31 octobre, même quand le débit du cours d’eau est satisfaisant. L’annexe de l’arrêté tours d’eau, qui fixe les jours de pompage exploitation par exploitation, n’est pas mise en ligne : le tableau complet est à demander à l’APABA (tech.legumes@aveyron-bio.fr).

Un irrigant intégré au tour d’eau suit ce seul régime. Sur le Dourdou de Camarès amont, la DDT confirme que le niveau 2 s’applique seul, sans l’interdiction 8 h-20 h des cultures prioritaires en plus : les jours du calendrier, avec pompage interdit de 12 h à 18 h.

Selon la DDT, un maraîcher non inscrit au plan annuel de répartition (PAR) n’est pas couvert par le tour d’eau : il relève du régime général de sa zone et de sa culture. L’inscription se fait chaque année auprès de l’organisme unique de gestion collective (OUGC) du sous-bassin, qui intègre le point de prélèvement et le volume au plan de répartition. Une demande déposée en cours de campagne n’ouvre pas automatiquement l’accès au tour d’eau : elle doit passer par une modification du PAR.

Disposer d’un bassin sur l’exploitation n’exclut pas automatiquement du tour d’eau. La DDT regarde la situation réelle : le volume stocké et réellement mobilisable, la façon dont la retenue est alimentée, et si elle est reconnue comme déconnectée. La seule présence d’un plan d’eau sur la ferme ne suffit pas pour en être exclu.

Un bassin n’échappe aux restrictions qu’avec un acte reconnaissant sa gestion déconnectée

Pour la DDT, un bassin n’est déconnecté que si un acte écrit le reconnaît. Dans ce cas, l’eau déjà stockée peut servir à arroser, y compris en crise, dans la limite du volume du bassin et des conditions fixées par l’acte. Une retenue encore alimentée par une source pendant l’étiage n’est pas déconnectée ; si l’arrivée est coupée et la source repart à son cours naturel, la situation s’en rapproche, mais fermer une vanne ne suffit pas à elle seule : il faut l’acte de la DDT. Un forage qui continue à réalimenter le bassin pendant la restriction est, lui, un prélèvement soumis aux mêmes règles qu’un pompage direct.

L’acte se demande au service police de l’eau de la DDT. Le dossier réunit la localisation et les caractéristiques de l’ouvrage, son alimentation, son fonctionnement hydraulique, ses modalités de remplissage et de déconnexion, et les éléments qui montrent l’absence de prélèvement pendant l’étiage. La démarche n’entraîne aucun coût administratif, mais elle peut nécessiter des études ou des travaux à la charge du demandeur.

Le remplissage des retenues est interdit du 1er juin au 31 octobre, y compris par forage ou par source captée, sauf exceptions, notamment pour certaines retenues destinées à l’eau potable ou au soutien d’étiage. Une exception existe pour le bassin tampon, utilisé quand l’irrigation directe depuis le forage ou le cours d’eau n’est pas techniquement possible : la retenue échappe alors à l’interdiction de remplissage, mais le prélèvement est soumis aux mêmes restrictions qu’un prélèvement direct. L’article Poche souple ou bassin : créer sa réserve en eau compare les deux solutions et explique comment calculer le volume nécessaire et les démarches pour créer une réserve.

Que faire en cas de contrôle ?

Pour un prélèvement inférieur à 1 000 m³ par an, non intégré au PAR, il faut tenir un registre par ressource et par point de prélèvement : la DDT peut le demander en contrôle pour vérifier que ce seuil n’est pas dépassé. Noter la date, la durée de pompage et le volume estimé est une façon pratique de le tenir.

Pour montrer qu’une réserve est déconnectée, le document le plus solide est l’acte de la DDT, complété par les éléments réunis dans le dossier (alimentation, dispositif de coupure, période de remplissage, source rendue à son cours naturel s’il y a lieu, point de pompage). Les contrôles sont menés par la police de l’eau, la gendarmerie, la police municipale et l’Office français de la biodiversité (OFB), avec une amende de 5e classe : au maximum 1 500 € pour un particulier, 7 500 € pour une personne morale.

Les termes employés par la DDT
  • Niveaux 1, 2, 3 : alerte, alerte renforcée, crise.
  • Arrêté cadre interdépartemental (ACI) : texte de référence par sous-bassin (Lot, Aveyron, Tarn), qui fixe les débits à partir desquels chaque niveau s’applique.
  • Arrêté hebdomadaire de restrictions : pris chaque semaine par la préfecture selon les débits mesurés.
  • Cultures spéciales : maraîchage hors plein champ, plantes à parfum, aromatiques et médicinales, arboriculture, tabac, semences.
  • Plan annuel de répartition (PAR) : répartit les volumes entre préleveurs et points de prélèvement du sous-bassin.
  • Organisme unique de gestion collective (OUGC) : gestionnaire du PAR à l’échelle du sous-bassin.
  • Étiage : période de basses eaux, du 1er juin au 31 octobre en 2026.
  • Retenue déconnectée : reconnue par un acte de la DDT comme non alimentée par le milieu pendant l’étiage.
  • Bassin tampon : retenue qui pallie l’impossibilité technique d’irriguer directement depuis le forage ou le cours d’eau.
Le point réglementaire
Deux arrêtés du 25 juin 2026 encadrent la campagne : le n° 12-2026-06-25-00004 (dérogations pour l’irrigation) et le n° 12-2026-06-25-00003 (tours d’eau, qui abroge celui du 3 juin 2026). L’ensemble des dérogations cultures spéciales ne peut pas dépasser 10 % de la surface de l’assolement irrigué de la zone d’alerte.

En pratique

  • Vérifier chaque semaine le niveau de sa zone sur VigiEau ou la page des arrêtés de la préfecture.
  • En crise, hors tour d’eau → arroser de 20 h à 8 h, sans demande préalable.
  • En tour d’eau → jours du calendrier (chambre d’agriculture) ; pompage interdit 12 h-18 h en alerte renforcée et en crise, 14 h-18 h en alerte.
  • Pour intégrer un tour d’eau → demande annuelle à l’OUGC du sous-bassin, avant le 15 décembre sur le sous-bassin Tarn.
  • Bassin sur l’exploitation → demander l’acte de gestion déconnectée à la DDT avant de s’en prévaloir.
  • Prélèvement inférieur à 1 000 m³/an hors PAR → tenir un registre par ressource et par point de prélèvement.
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Vignette de l'article : « Pertes de récolte », avec la mention « Signaler avant la récolte »

Pertes de récolte après un aléa climatique : qui contacter et dans quel délai

Un épisode de sécheresse, de grêle, de gel ou d’excès d’eau qui touche la récolte pose tout de suite la question de savoir à qui en parler, et s’il reste du temps pour le faire. La réponse dépend du contrat d’assurance souscrit, et elle n’est pas la même pour les cultures et pour les prairies.

Sommaire

Le signalement, et quand le faire

Il faut signaler la perte le plus rapidement et le plus précisément possible, dès que l’ordre de grandeur de la perte est connu, et en tout état de cause avant le dernier mois précédant la récolte. La DDT organise ensuite des missions d’expertise sur un échantillon d’exploitations dans les zones signalées, et cette étape est indispensable à la reconnaissance officielle de l’aléa. Si le taux de perte n’est pas encore connu, il est possible de signaler quand même et de compléter la déclaration plus tard. Il faut aussi prendre des photos des dégâts sur les différentes espèces touchées.

Pour mes cultures, qui contacter

Ce circuit couvre les grandes cultures, les vignes, les légumes et l’arboriculture, à l’exception des prairies. Avec un contrat d’assurance récolte subventionnable souscrit en 2025, l’assureur est l’interlocuteur unique, et il prend en charge l’indemnisation de toutes les cultures de l’exploitation, y compris celles qui ne sont pas elles-mêmes assurées. Il faut lui déclarer le sinistre le plus tôt possible et avant la récolte, en vue d’une expertise. Sans contrat, c’est la DDT qui reste l’interlocuteur pour l’indemnisation par la solidarité nationale.

Avoir souscrit une assurance ne suffit pas pour autant. Les contrats qui ne couvrent que la grêle, le gel ou la tempête, dits « monorisques », ne sont pas subventionnables, et l’interlocuteur reste alors la DDT.

Pour mes prairies, qui gère l’indemnisation

Sur les prairies il n’y a rien à signaler. L’indemnisation est basée sur l’indice de pousse de l’herbe, et elle est versée automatiquement à la fin de la campagne, sans démarche ni justificatif à fournir. L’interlocuteur est l’assureur pour les prairies assurées, et celui désigné au printemps dans TelePAC sinon. Il informe du taux de perte retenu une fois la pousse de l’herbe achevée.

Calculer son taux de perte

Le taux de perte se calcule par rapport à la référence de rendement historique de la culture, une référence calculée à l’exploitation et non par commune. Elle correspond à la meilleure valeur entre le rendement des trois dernières années et la moyenne olympique des cinq dernières, c’est-à-dire la moyenne sur cinq ans en excluant le meilleur et le moins bon rendement. La DDT met un calculateur à disposition pour choisir entre les deux (lien en sources). La solidarité nationale se déclenche à partir de 30 % de perte en arboriculture, petits fruits et prairies, et à partir de 50 % en grandes cultures, viticulture et légumes, et rien n’est versé en dessous de 200 €.

L’APABA met en ligne un outil qui fait cette estimation à partir des rendements de la ferme, et qui édite ensuite le formulaire de signalement à envoyer à la DDT. L’estimation en euros reste un ordre de grandeur pour décider si le dossier vaut le coup, car le montant réel est établi par la DDT après expertise.

Estimer mes pertes et éditer mon signalement

Envoyer son signalement à la DDT de l’Aveyron

Le formulaire de signalement s’édite depuis l’outil ci-dessus, ou se télécharge sur le site de la DDT (lien en sources). Il faut le transmettre complété et accompagné de photos à la Direction Départementale des Territoires de l’Aveyron – 9, rue de Bruxelles – BP 3370 – 12033 RODEZ CEDEX 9, ou par mail à ddt-criseagricole@aveyron.gouv.fr. La même adresse sert aussi pour tout renseignement.

Les pertes de fonds relèvent d’une autre procédure

Une perte de fonds n’est pas une perte de récolte, car elle porte sur l’outil de production lui-même (sols, ouvrages, ruches, cheptel vif). Elle relève des calamités agricoles. Les excès de pluies du 7 janvier au 19 février 2026 ont été reconnus pour l’ensemble du département, et les dossiers se déposent avant le 5 octobre 2026 auprès de la DDT, au 05.65.73.50.00.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Rampe d'asperseurs en fonctionnement au-dessus de planches de plein champ, en fin de journée

Faire face aux canicules en maraîchage

Juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré en France depuis le début des mesures en 1900, avec une vague de chaleur qui a duré du 4 au 19 juillet et qui a placé jusqu’à 37 départements en vigilance rouge canicule le 12 juillet. Un premier épisode très intense avait déjà traversé le pays du 17 au 30 juin, et l’Occitanie a compté jusqu’à vingt journées à plus de 35 degrés sur l’ensemble de la saison. Les bilans climatiques de Météo-France annoncent une multiplication de ces épisodes avec le dérèglement climatique, donc la question ne se limite plus à un été exceptionnel, car elle revient désormais chaque saison sur l’exploitation. Protéger les cultures est le premier réflexe, car une vague de chaleur mal anticipée abîme des récoltes entières en quelques jours. Mais protéger les personnes qui travaillent dessus compte tout autant, car une équipe épuisée par la chaleur travaille moins bien et prend plus de risques.

Les désordres précis que produit la chaleur sur les fruits (coup de soleil, cul noir, coulure) sont détaillés dans Accidents physiologiques des légumes-fruits en forte chaleur, avec leurs seuils de température et leurs leviers propres à chaque cas. Les leviers qui suivent agissent en amont, avant l’apparition de ces symptômes, et sur toute la ferme.

Sommaire

Le filet d’ombrage sur arceaux se généralise à toutes les plantations d’été

Blanchir la couverture d’une serre reste utile et peu coûteux, mais le produit se lessive après une pluie un peu forte et demande de repasser en cours de saison. Un filet d’ombrage se pose une fois, tient toute la saison, et se retire ou se remonte selon la météo annoncée, ce qui en fait le choix à privilégier quand c’est possible. Le détail des types de filets, des densités par culture et des dosages de blanchiment est traité dans un article dédié, Ombrage des abris.

Le filet d’ombrage doit se généraliser aussi en plein champ, la pose sur arceaux au moment de la plantation permet une meilleure reprise et limite le risque de perte. Le geste est le même que pour un voile d’hivernage ou l’ajout d’un filet anti-insectes, ce qui n’ajoute pas un gros surcoût de main-d’œuvre si le matériel est déjà sur la ferme. Compter autour de 1 à 1,25 €/m² pour un filet de qualité maraîchère, pour une durée de vie de 5 à 7 ans qui amortit largement l’achat sur plusieurs saisons de canicule.

Un film minéral blanc pulvérisé directement sur la plante apporte une protection complémentaire en plein champ, pour les fruits directement exposés au soleil comme les tomates, les poivrons ou les melons. Il réfléchit une partie du rayonnement et limite les coups de soleil, avec ses propres doses et conditions d’application détaillées dans Blanchir les cultures en plein champ.

Aspersion, bassinage et automatisation de l’irrigation

Un bassinage bien placé rafraîchit la plante et l’air ambiant par évaporation, mais il ne remplace pas un vrai apport d’eau au pied. Le bon moment reste tôt le matin ou en tout début de vague de chaleur, jamais en fin de journée, car le feuillage n’a alors pas le temps de sécher avant la nuit et ouvre la porte aux maladies du feuillage. Le pilotage fin de l’aspersion selon la culture et le risque sanitaire est détaillé dans Guide : gérer l’hygrométrie sous abris. L’aspersion aux heures les plus chaudes reste le geste le plus direct pour faire retomber une température de sol ou de feuillage qui s’emballe en plein champ, à condition de ne pas la transformer en irrigation de fond improvisée.

Multiplier les bassinages en pleine canicule ajoute une tâche de plus dans une journée déjà pleine de récolte, de vente et d’imprévus, et c’est là que l’automatisation change vraiment la donne. Un programmateur couplé à des électrovannes permet de caler des bassinages courts et réguliers aux heures les plus utiles, sans avoir à interrompre un chantier pour aller ouvrir une vanne à la main. Compter autour de 100 à 150 € pour un programmateur qui gère 4 à 6 départs, et environ 30 € par électrovanne supplémentaire, car l’investissement reste modeste au regard du temps et surtout de la charge mentale qu’il retire. Ce qui pèse le plus sur une ferme diversifiée en pleine saison n’est pas le temps passé à ouvrir une vanne, c’est le fait d’avoir à y penser en permanence, au marché, en tournée de récolte ou le soir en se couchant. Beaucoup de modèles récents proposent une application smartphone pour vérifier ou ajuster un programme à distance sans revenir sur la ferme, ce qui permet de tenir des bassinages réguliers sur toute une vague de chaleur sans finir la semaine épuisée d’y avoir pensé du matin au soir.

Ce que change un programmateur au quotidien

Un programmateur simple à piles suffit pour une ou deux électrovannes et un usage estival ponctuel, tandis qu’un modèle sur secteur avec plusieurs stations convient mieux à une ferme qui multiplie les zones d’irrigation et les cultures. Les modèles connectés ajoutent le pilotage à distance et l’historique des cycles passés, ce qui aide à ajuster les fréquences d’une vague de chaleur à l’autre sans repartir de zéro chaque année. Côté entretien, un filtre en tête de réseau évite le colmatage des électrovannes par le sable ou le calcaire, et un contrôle visuel rapide en début de saison suffit à repérer une fuite ou une vanne qui ne se referme plus.

Décaler les plantations et diversifier les variétés répartissent le risque dans le temps

Le décalage des plantations se joue à deux moments. Le premier arrive quand les plants sont prêts et qu’une forte chaleur est annoncée. Décaler la plantation de quelques jours est alors un levier essentiel quand c’est possible. Un jeune plant mis en terre en pleine chaleur reprend mal, car ses racines sont encore superficielles et n’atteignent pas l’eau en profondeur. Attendre que la vague passe évite d’avoir à remplacer les manquants.

Le second se décide plusieurs mois avant, au plan de culture. Il faut programmer les plantations sensibles en dehors des périodes les plus chaudes, par exemple planter les choux d’automne un peu plus tard plutôt qu’en plein pic de juillet. La récolte se décale alors vers la fin de l’été, ce qui répartit aussi le travail sur la saison plutôt que de tout concentrer sur juillet. Ce choix ne convient pas à toutes les cultures ni à tous les débouchés, marché, restauration collective et contrats fournisseurs ayant chacun leurs propres fenêtres de livraison, donc il se raisonne culture par culture et créneau de vente par créneau de vente.

Semer plusieurs variétés du même légume répartit le risque sur plusieurs profils de résistance, plutôt que de tout miser sur une seule référence qui peut décevoir une année donnée. Une variété qui tient bien la chaleur une saison n’est pas forcément la meilleure la saison suivante, car les épisodes de canicule ne se ressemblent pas d’une année à l’autre en durée, en humidité et en cumul de stress hydrique. Sur plusieurs années, une variété qui déçoit une saison est compensée par une autre qui a bien tenu, donc la production moyenne de la ferme reste plus stable que si tout reposait sur un seul choix variétal.

Ce que travaillent les réseaux techniques sur la diversité variétale

Le GRAB d’Avignon pilote depuis 2023 le projet DIVERACT, qui réunit neuf partenaires dont l’ITAB autour de la conservation et de la diversification variétale en maraîchage et en arboriculture, avec une approche participative associant producteurs et structures de sélection. L’objectif est de mieux connaître la diversité cultivée disponible, semences paysannes comprises, et d’en assurer le maintien par la multiplication, pour que les fermes disposent d’un choix plus large de profils de résistance face aux aléas climatiques. Pour une ferme, l’enjeu pratique qui en découle est l’accès à des semences bio réellement adaptées aux étés qui se réchauffent, un point que les filières semencières bio travaillent encore.

Protéger les personnes : horaires, pauses et obligations depuis 2025

Décaler les horaires de travail reste le levier le plus direct. Programmer les tâches physiques, récolte, désherbage, pose de filets, sur les heures fraîches du matin et repousser en fin de journée ce qui peut attendre. Pendant la mi-journée, privilégier les tâches à l’ombre ou sous abri ventilé plutôt qu’au soleil ou dans les serres.

Prendre le temps de faire des pauses, de boire régulièrement et de se mouiller le visage ou la nuque paraît évident, mais ça se perd vite en pleine saison quand la récolte presse et que l’équipe s’agrandit avec des saisonniers moins habitués à la chaleur. Boire avant d’avoir soif, par petites quantités répétées, protège mieux qu’un grand volume avalé en une fois. Se mouiller le visage, la nuque et les avant-bras aide le corps à évacuer la chaleur par évaporation, un geste simple à répéter plusieurs fois par jour plutôt qu’une seule fois le matin. Un chapeau à large bord et des vêtements clairs et amples complètent ces gestes, sans coût ni organisation particulière. Les signes d’alerte à connaître restent les maux de tête, les crampes, une fatigue inhabituelle ou une confusion soudaine, qui imposent d’arrêter le travail et de se mettre à l’ombre immédiatement.

Depuis le 1er juillet 2025, la réglementation fait du risque chaleur un risque professionnel à part entière, au même titre que le bruit ou l’exposition à des produits chimiques, et elle s’applique aussi à l’agriculture. L’employeur doit adapter l’organisation du travail, mettre à disposition de l’eau potable fraîche en quantité suffisante près des postes, et informer l’équipe sur les signes d’alerte d’un coup de chaleur. Ces mesures s’appliquent dès que Météo-France place le département en vigilance jaune, orange ou rouge canicule. La MSA recommande au moins 3 litres d’eau par jour et par personne, davantage en cas d’effort physique soutenu et de fortes chaleurs prolongées. Ces obligations concernent une ferme dès qu’elle emploie du personnel, y compris saisonnier.

Le point réglementaire depuis 2025

Le décret impose à l’employeur d’actualiser son document unique d’évaluation des risques professionnels pour y intégrer le risque chaleur, avec les mesures retenues : adaptation des horaires et des tâches, aménagement des postes (ombre, ventilation, brumisation), équipements appropriés, information et formation de l’équipe sur la conduite à tenir face à un coup de chaleur. L’employeur doit prévoir un protocole de secours permettant de donner l’alerte rapidement pour un travailleur isolé. La MSA et l’inspection du travail peuvent contrôler ces mesures. L’employeur engage sa responsabilité en cas de manquement grave, comme pour tout autre risque professionnel non prévenu.

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Adulte de mouche mineuse du poireau posé sur une feuille d'allium, à côté de piqûres de nutrition

La mouche mineuse du poireau

Les poireaux plantés au printemps sont au stade 7 à 9 feuilles fin août 2026, et c’est justement le moment de vérifier s’ils portent des piqûres de nutrition de la mouche mineuse du poireau (Phytomyza gymnostoma). Le bulletin de santé du végétal Maraîchage Midi-Pyrénées n° 11 du 20 août 2026, qui couvre l’Aveyron, ne signale aucune capture ni aucun dégât pour l’instant sur ce ravageur. Mais le risque reste présent sur les parcelles où il a déjà été observé les années précédentes, et dès que des piqûres apparaissent sur le feuillage il faut poser un filet sans attendre, car le second vol de l’année démarre justement en cette fin août. Dans l’immédiat il n’y a donc rien à traiter, mais c’est le bon moment pour surveiller et pour préparer la pose.

Sommaire

Une petite mouche grise installée en France depuis 2003

La mouche mineuse du poireau mesure environ 3 mm de long, avec une tête et un abdomen marqués de jaune sur un corps gris. Elle appartient à la famille des Agromyzidae, celle des mouches mineuses, et elle a été identifiée pour la première fois en Alsace en 2003 avant de progresser sur l’ensemble du territoire français. Elle s’attaque à toutes les alliacées, le poireau, l’ail, l’oignon, l’échalote et la ciboulette.

Ne pas confondre
  • La teigne du poireau (Acrolepiopsis assectella) est une chenille, pas une mouche, et elle laisse des galeries irrégulières dans les feuilles centrales et le cœur du poireau, avec la chenille elle-même visible à l’intérieur. Elle se traite avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, qui n’a aucun effet sur la mouche mineuse car il cible les chenilles et pas les asticots. Le bulletin technique Légumes bio d’août 2026 recommande de suivre son vol au piège à phéromones à partir de début juillet et signale une seule capture sur la quinzaine écoulée dans le réseau régional.
  • La mouche de l’oignon (Delia antiqua) attaque surtout l’oignon, elle pond à la base des plants et ses asticots creusent la partie basse et les racines, ce qui fait pourrir le pied et coucher les feuilles. Une odeur de pourriture aux racines signe cette mouche plutôt que la mineuse, dont les galeries restent propres.
  • Le thrips (Thrips tabaci) laisse des plages argentées et des points noirs sur les feuilles, sans galerie ni piqûre alignée. Le thrips sur oignons et poireaux détaille son diagnostic.

Attention à ne pas se tromper de diagnostic car la stratégie de lutte n’est pas la même. Un filet ou une fauche contre la mineuse ne fait rien contre la teigne, et un traitement à la Bacillus thuringiensis contre la teigne ne fait rien contre la mineuse.

Le second vol de l’année fin août

La mouche mineuse du poireau réalise deux générations par an. Le premier vol démarre au printemps quand les températures dépassent 15 degrés, généralement en avril, et il touche surtout les oignons, les aillets et les pépinières de poireaux à ce moment-là. Les adultes de la seconde génération émergent ensuite en fin d’été après une diapause estivale qui dure de juin à août, et leur vol peut se prolonger jusqu’en novembre. C’est ce second vol qui concerne les poireaux plantés au printemps et déjà bien développés fin août, car ils sont la culture d’Allium la plus présente au champ à cette période.

Le détail du cycle
Après l’émergence, les femelles se nourrissent et pondent dès le premier jour. Elles se posent sur le feuillage, piquent pour se nourrir de sève, puis choisissent leur plante hôte et insèrent leurs œufs, ovales et translucides, dans les tissus de la feuille à l’aide de leur oviscapte. Au bout de 5 à 7 jours les asticots pénètrent dans la feuille et creusent des galeries rectilignes, et à la fin de leur croissance larvaire, environ deux semaines plus tard, ils se transforment en pupes. Ces pupes s’installent sous l’épiderme du fût ou parfois dans le sol, et c’est sous cette forme que la mouche passe l’hiver, avant l’émergence du vol de printemps suivant.
Repérer les piqûres avant les galeries

Les premiers signes sont des piqûres de nutrition, de petits points blancs alignés en bout de feuille, là où les femelles piquent pour se nourrir avant de pondre. Ces piqûres précèdent la ponte, donc leur présence signale qu’il faut intervenir avant que les galeries n’apparaissent. Or les galeries apparaissent ensuite, une fois les œufs pondus, sous forme de mines rectilignes le long de la feuille, blanchâtres ou parfois teintées de brun-rose sur la partie basse blanche du poireau. Ces galeries s’étendent avec la croissance de la plante et finissent par éclater en surface, mais elles ne pourrissent pas.

Piqûres de nutrition alignées et sève perlée sur une feuille d'oignon, avec de fines mines linéaires
Piqûres de nutrition et mines sur oignon.
Source : Ephytia, INRAe (photo M. Billard, aramel.free.fr)
Nombreuses galeries creusées par les larves de la mouche mineuse dans une feuille de poireau
Galeries creusées par les larves, en grand nombre.
Source : Ephytia, INRAe (photo M. Javoy)

Il faut regarder les feuilles une par une, en particulier les plus jeunes et les plus extérieures, une à deux fois par semaine à partir de mi-août.

Un poireau miné se nettoie, il ne pourrit pas

Les galeries ne provoquent pas de pourriture, elles gardent une teinte blanchâtre ou brun-rose bien après le passage des asticots. Mais un poireau miné reste difficile à vendre, car les traces de mines et les feuilles mangées se voient au premier coup d’œil sur l’étal, et au conditionnement il faut retirer une à une les feuilles les plus touchées. Ce nettoyage supplémentaire prend du temps à chaque récolte et réduit le poids commercialisable. Quand les pupes se forment dans le fût, sous l’épiderme en bout de galerie, elles restent visibles à la coupe et rendent la partie blanche elle-même impropre à la vente.

Pupe brun-roux de la mouche mineuse du poireau sous l'épiderme du fût
Pupe, environ 3 à 4 mm, sous l’épiderme du fût. Source : Ephytia, INRAe (photo M. Billard, aramel.free.fr)
Le filet, le seul levier vraiment efficace

La seule mesure vraiment efficace contre cette mouche reste le filet anti-insectes, car aucun produit de biocontrôle homologué ne cible ce ravageur à ce jour, vérifié sur e-phy (ANSES) en août 2026. L’article Protection anti-insectes explique déjà comment choisir la maille et poser le filet, et il cite le filet classique à 950 × 800 microns comme efficace contre les mouches mineuses.

Il faut poser le filet dès maintenant, avant que le second vol ne s’installe, et le garder en place au moins jusqu’à mi-novembre pour couvrir toute la durée du vol d’automne. Or un voile aux mailles assez fines pour arrêter cette mouche crée un microclimat plus chaud et plus humide sous la bâche, ce qui favorise l’alternariose et la sclérotiniose, donc il faut surveiller le feuillage sous filet comme on le ferait sans filet. Poser un filet sur une parcelle où la mouche est déjà installée n’arrête rien, car cela enferme les adultes avec la culture au lieu de les tenir à distance. Il faut donc vérifier l’absence de piqûres avant de fermer la parcelle.

Éloigner les Allium et détruire les résidus

Les pupes qui restent dans le sol ou dans les résidus de récolte permettent au ravageur de passer l’hiver et de redémarrer au printemps suivant. Il faut donc évacuer et détruire les résidus de poireau, d’ail et d’oignon après la récolte, sans les mettre au compost. Un labour ou un sarclage en hiver détruit une partie des pupes qui hivernent dans le sol. Il faut aussi éloigner dans l’espace les parcelles d’Allium successives et éviter de replanter un poireau juste à côté d’une parcelle d’ail ou d’oignon en fin de cycle, car les mouches déjà installées migrent facilement d’une parcelle à l’autre.

La fauche, un rattrapage sur poireaux déjà développés

Sur des poireaux déjà bien développés, une fauche du feuillage peut compléter le filet quand le vol est confirmé. Il faut couper entre 10 et 15 cm du haut des feuilles, une semaine après le pic de vol constaté, pour retirer les œufs et les jeunes asticots avant qu’ils ne s’installent dans le fût. Une seule coupe suffit, car une deuxième fauche retire trop de surface foliaire et pèse sur le rendement final. Cette technique ne remplace pas le filet, elle sert plutôt de rattrapage quand la pose est arrivée trop tard ou quand la pression est déjà là malgré le filet.

Un parasitoïde naturel, encore mal caractérisé
Une guêpe parasitoïde de la famille des Pteromalidae, Halticoptera circulus, s’installe parfois après l’arrivée de la mouche mineuse sur un secteur et peut parasiter jusqu’à 23 % des pupes selon une étude serbe citée par la FREDON. D’autres parasitoïdes naturels existent, mais ils restent mal caractérisés et aucun n’est disponible dans le commerce, donc ce levier ne se pilote pas pour l’instant. Sur le terrain, les parcelles de poireaux situées près d’une haie semblent moins touchées, ce qui pourrait tenir à une meilleure régulation naturelle par ces auxiliaires.
Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.

Poche souple bleue posée en bout de parcelle, avec son raccord de remplissage

Poche souple ou bassin : créer sa réserve en eau

L’été 2026 a de nouveau imposé des arrêtés de restriction sur plusieurs bassins versants de l’Aveyron, avec des tours d’eau et des coupures complètes du prélèvement en cours d’eau et en nappe sur certaines périodes. Pour une exploitation maraîchère qui vit de ses récoltes d’été, un prélèvement suspendu quelques jours en pleine demande peut suffire à perdre une culture entière. La seule parade fiable est de stocker de l’eau en amont de la tension, quand le débit est encore disponible, pour irriguer sans dépendre du prélèvement direct pendant les pics de chaleur ou les arrêtés.

La poche souple et le bassin creusé étanché à la bâche EPDM couvrent l’essentiel des besoins d’une exploitation maraîchère. Le choix dépend surtout du volume visé, du budget disponible et de la place sur la ferme.

Sommaire

La poche souple se pose en une journée, sans terrassement lourd

La poche souple, ou citerne souple, est une membrane en toile PVC haute résistance, autoportante, posée à plat sur une aire préparée et mise en forme par le remplissage lui-même, sans structure ni fondation. Les gammes courantes vont de quelques mètres cubes à plusieurs centaines, avec des capacités de 5, 10, 20, 30 ou 50 m³ fréquentes en maraîchage.

Côté prix, la poche seule coûte de l’ordre de 45 à 110 €/m³ TTC selon le volume choisi, en baisse nette à mesure que la capacité augmente (une poche de 50 m³ revient à environ 45 €/m³, contre plus de 100 €/m³ pour une poche de 5 m³). À ce prix s’ajoutent la préparation du sol (nivellement, cailloux et racines retirés), un géotextile de protection posé sous la poche, les raccords et souvent une pompe si l’eau ne part pas par gravité, ce qui porte le prix tout compris à environ 20 à 30 % de plus que la poche seule. La préparation du sol reste modeste comparée au terrassement d’un bassin creusé.

Les fabricants annoncent une garantie de 10 ans sur la toile, et la durée de vie réelle dépasse souvent cette garantie si la poche reste protégée d’une exposition continue aux UV (bâche de protection, pose à l’ombre) et à l’abri du gel en cas de remplissage hivernal. Sans cette protection, la toile se fragilise plus vite. Il faut aussi respecter une distance suffisante aux obstacles pointus (clôtures, branches, structures métalliques) qui pourraient percer la membrane, et prévoir un accès pour le camion de livraison.

Le bassin en bâche EPDM tient plus longtemps mais coûte plus cher à construire

Le bassin creusé et étanché à la bâche EPDM (caoutchouc synthétique monocouche) encaisse mieux les gros volumes et les formes irrégulières du terrain que la poche souple. La bâche se pose sur un géotextile anti-poinçonnant qui la protège des cailloux et des racines, et s’ancre en périphérie dans une tranchée remblayée.

Côté prix, la membrane EPDM de 1 à 1,2 mm d’épaisseur coûte entre 7,50 et 10,50 € HT/m² selon le fournisseur, et le géotextile de protection ajoute 1,50 à 2,50 € HT/m² selon le grammage. Mais c’est le terrassement qui pèse le plus dans la facture, entre 25 et 60 € par m³ excavé selon l’accessibilité du terrain. Sur un exemple de bassin de ferme (fond plat de 10 m sur 10 m, profondeur 2 m, talus en pente à 45°, soit environ 290 m³ utiles et 260 m² de bâche posée en comptant recouvrements et ancrage), le coût tout compris (bâche, géotextile, terrassement) ressort autour de 50 €/m³, tiré surtout par le terrassement.

Un bassin ouvert perd de l’eau par évaporation, contrairement à la poche fermée. La lame d’eau perdue peut atteindre 5 à 7 mm par jour en pointe estivale, ce qui représente plusieurs mètres cubes par semaine dès que le bassin dépasse quelques dizaines de m² de surface au miroir, un poste à intégrer dans le dimensionnement (cf. plus bas).

La durée de vie de l’EPDM dépasse largement celle des autres bâches, le fabricant historique de la membrane annonce plus de 50 ans, appuyé par des installations des années 1970 toujours étanches. En usage agricole, avec plus de sollicitations mécaniques qu’un bassin de jardin protégé, mieux vaut retenir une durée de vie de plusieurs décennies que la promesse du fabricant telle quelle.

La sécurité n’est pas un détail sur un bassin ouvert. Un bassin de plusieurs dizaines de centimètres de profondeur présente un vrai risque de noyade, y compris pour un adulte qui glisse sur une berge en pente et ne trouve pas de prise pour ressortir. La MSA recommande une clôture qui empêche l’accès direct, au moins un point de sortie facile à atteindre depuis l’eau (échelle, rampe, corde), et une signalisation visible du danger.

Le choix se joue surtout sur le volume visé et le budget disponible

Le tableau suivant reprend les points qui distinguent vraiment les deux solutions pour une ferme maraîchère.

Critère Poche souple Bassin EPDM
Capacités courantes 5 à 500 m³, modulaire De quelques dizaines à plusieurs milliers de m³
Coût au m³ tout compris ≈ 55 à 140 €/m³ selon le volume (poche + pose) ≈ 50 €/m³ sur l’exemple ci-dessus, plutôt moins sur un gros volume, car le terrassement coûte proportionnellement moins cher quand on creuse beaucoup
Emprise au sol Compacte, hauteur limitée, pose hors-sol Large (talus en pente), profondeur qui dépasse souvent 2 m
Durée de vie 10 ans garantis, au-delà si bien protégée des UV et du gel Plusieurs décennies pour la bâche EPDM
Évaporation Nulle, poche fermée Réelle en été, jusqu’à 5 à 7 mm par jour sur la surface au miroir
Sécurité Risque limité, paroi basse Clôture et dispositif de sortie nécessaires
Réversibilité Totale, on vide et on replie Faible, un bassin creusé se comble difficilement
Le volume et l’origine de l’eau déterminent les démarches à faire

Au-delà d’un certain volume, créer une réserve en eau n’est pas qu’une question technique, une déclaration ou une autorisation au titre de la loi sur l’eau peut être nécessaire, et les seuils ne sont pas les mêmes selon qu’on creuse un bassin en contact avec le milieu naturel ou qu’on installe une poche hors-sol remplie par pompage. Le remplissage par le réseau d’eau potable ajoute sa propre contrainte, un dispositif anti-retour est indispensable pour ne pas contaminer le réseau public. Une déclaration préalable en mairie est en général nécessaire dès que l’emprise au sol dépasse quelques dizaines de mètres carrés, et parfois un permis pour les plus gros volumes selon le règlement d’urbanisme de la commune.

Avant de lancer un chantier, le plus sûr reste de vérifier son projet auprès de la DDT de l’Aveyron, qui instruit les dossiers loi sur l’eau du département. Plusieurs aides existent pour ce type de projet, dont celles de l’agence de l’eau Adour-Garonne, le FEADER et le PCAE régional, avec des montants et des conditions qui varient selon les années et les projets, à vérifier directement auprès de ces organismes avant d’engager les travaux.

Le point réglementaire

Pour un bassin creusé qui reste en contact avec la nappe ou qui se remplit par ruissellement, c’est la surface du plan d’eau qui compte, une simple déclaration suffit en général entre 1 000 m² et 3 hectares de surface, et une autorisation est nécessaire au-delà. La plupart des réserves de ferme maraîchère, largement sous 1 000 m² d’emprise, restent sous ces deux seuils. Pour une poche souple hors-sol, ou un bassin étanché qui n’est jamais en contact avec le milieu (bâche continue sous les fonds), c’est le prélèvement qui alimente la réserve qui est encadré, pas le contenant, avec ses propres seuils sur le débit prélevé en cours d’eau ou en nappe. Le remplissage par un cours d’eau ajoute la question du débit à laisser en aval, particulièrement suivie en période d’étiage. En pratique, l’essentiel des réserves de quelques centaines de mètres cubes reste sous les seuils d’autorisation, mais peut basculer en déclaration selon la surface ou le mode de remplissage retenu, d’où l’intérêt de vérifier le dossier avant de creuser plutôt qu’après.

Le volume à prévoir se calcule à partir de l’ETP de la période et de la surface cultivée

Une culture consomme ce que le climat lui prend, et cette consommation porte un nom : l’évapotranspiration potentielle, l’ETP, exprimée en millimètres par jour. Un millimètre sur un mètre carré fait un litre, donc l’ETP se convertit directement en volume dès qu’on connaît la surface cultivée. Il n’y a pas besoin de compter les goutteurs pour dimensionner une réserve, il faut seulement savoir combien la ferme consomme par jour et combien de jours on veut tenir.

Prenons une ferme de 5 000 m² cultivés, sur une période de forte demande où l’ETP moyenne ressort à 4,5 mm par jour. Elle consomme 22,5 m³ par jour, et il lui faut 315 m³ pour tenir deux semaines sans un apport d’eau.

Le détail du calcul

Le calcul tient sur trois paramètres. Le premier paramètre est l’ETP moyenne de la période, en millimètres par jour. Elle dépend du climat local, donc elle se prend sur sa propre commune et non sur une moyenne régionale, et sur la période qu’on veut couvrir : deux semaines de fin juillet ne donnent pas la même valeur que deux semaines de septembre. Dans cet exemple elle vaut 4,5 mm par jour.

Le deuxième paramètre est la surface réellement cultivée, en mètres carrés. Les allées, les abords et les bâtiments ne comptent pas. Ici 5 000 m².

La troisième est le nombre de jours d’autonomie qu’on veut se donner, c’est-à-dire le temps qu’on veut pouvoir tenir sans prélever d’eau du forage, rivière, etc…

Le résultat donne le volume : 4,5 mm/j × 5 000 m² = 22 500 litres par jour, soit 22,5 m³ par jour. Sur 14 jours, 22,5 × 14 = 315 m³. Pour refaire le calcul chez soi, la formule tient en une ligne : ETP moyenne × surface cultivée ÷ 1 000 × nombre de jours.

Deux hypothèses se cachent derrière ce calcul, et il vaut mieux les connaître. La première est un coefficient cultural de 1, ce qui revient à supposer que la culture consomme exactement l’ETP de référence. Beaucoup de cultures consomment moins sur une partie de leur cycle, donc l’hypothèse penche du côté sûr, ce qui est ce qu’on veut pour dimensionner. La seconde est qu’on ne déduit aucune pluie : c’est le principe même de l’autonomie, on se donne un volume pour la période où il ne pleut pas.

Ce volume ne couvre que l’irrigation, il faut y ajouter à part le lavage des légumes et l’usage domestique.

Reste à choisir combien de temps on veut tenir sans nouvel apport. Le tableau applique ce besoin journalier de 22,5 m³ à quatre niveaux d’autonomie.

Tenir sans eau Il me faut
7 jours 158 m³
14 jours 315 m³
21 jours 472 m³
30 jours 675 m³

Ce volume brut n’est pas le volume final, plusieurs corrections s’appliquent avant. D’abord le volume mort, la garde qu’on ne pompe jamais au fond de la réserve pour ne pas aspirer de dépôt ou désamorcer la pompe, de l’ordre de 10 % du volume utile. Ensuite une marge de sécurité pour absorber une période plus chaude que celle prise en référence ou un imprévu comme une fuite ou une panne de pompe le temps de la réparer, de l’ordre de 15 à 20 %. En cumulant ces deux postes, 10 % de volume mort et 15 % de marge, les 315 m³ de deux semaines demandent une réserve d’environ 398 m³.

Sur un bassin ouvert s’ajoute l’évaporation, qui n’existe pas sur une poche fermée. Pour une réserve de 398 m³ creusée à 2 m de profondeur, soit environ 199 m² de surface au miroir, une évaporation de pointe à 6 mm par jour ajoute sur une quinzaine 199 × 6 × 14 / 1 000, soit environ 17 m³, ce qui porte le volume à prévoir à environ 415 m³. La part de l’évaporation grossit avec la surface exposée et la durée de stockage, donc elle se recalcule au cas par cas plutôt qu’en appliquant un pourcentage fixe.

Ces chiffres montent vite, et peu de fermes construisent une réserve d’un mois. Le calcul sert surtout à savoir où l’on se situe, et à choisir un niveau d’autonomie en connaissance de cause plutôt qu’à creuser au jugé.

Faire le calcul pour ma ferme

Sources

Article rédigé pour l’APABA par Clotaire avec une mise en forme assistée par IA. Merci de nous remonter vos retours et observations terrain pour enrichir cette ressource.